Format Court #48: Minuit Machine,Kabbel, Mickey Van Seenus

Chez La Face B, on adore les EPs. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux dans lequel on vous présentera une sélection d’EPs sortis récemment. Aujourd’hui, on vous parle des dernières sorties de Minuit Machine, Kabbel et Mickey Van Seenus.

Minuit Machine – Basic Needs

pochette minuit machine

Les parisiennes de Minuit Machine reviennent bousculer nos plus bas instincts au rythme d’une électro sombre et monstrueusement sensuelle. Créé en 2013 par Hélène de Thoury à l’instrumental et Amandine Stioui à la voix, le duo rejoint aujourd’hui le label WARRIORECORDS (Sexy Sushi, Mansfield.TYA, Rebeka Warrior…). Maison queer, anti raciste et militante, elle sera sans nul doute leur cocon idéal d’épanouissement et d’expérimentations.

Depuis le début de cette pandémie, on a parfois l’impression de vivre un Footloose de mauvais goût. Le monde de la nuit est particulièrement stigmatisé, mais l’envie de taper du pied sous les lumières crues n’a jamais été aussi forte. Au point d’en devenir essentielle pour certains, au risque de se plonger dans l’illégalité… Intitulé Basic Needs, le nouvel EP de Minuit Machine n’a jamais été aussi entrainant et excitant. Plus rythmé, voir plus violent, il dégage un parfum sulfureux d’interdit.

Le premier titre éponyme Basic Needs en est la parfaite représentation. Après une intro de basses ultra graves qui réveillent les pulsions physiques, une voix balance sa verve nonchalante. L’écho permet de jouer sur le rythme, alors que les synthés darkwave transportent dans un univers sombre et industriel terriblement excitant et cruellement dansant…

Continuant sur cette lancée, la voix abandonne un temps les mélodies post punk des précédents albums pour se concentrer sur des mélopées rythmées. Titre engagé, Sisters est un hymne à la sororité, rappelant le lien indéfectible qui unit les femmes. « Sisters of an other life » résonne de façon un peu witchy alors que le tempo s’accélère et que le message pulse dans nos cœurs.

Basses ultra violentes, mélodies tout en échos, le titre de conclusion Vanity est une bombe cold et dark wave. Contraste ultra percutant entre le rythme tribal et les envolées déchirantes de la voix, le titre réveille une transe profonde en nous.

Basic Needs de Minuit Machine est la représentation absolue de nos pulsions actuelles, entre l’envie de se défouler, de se rebeller, le tout dans une ambiance sombre et radicale. Un tour de force absolu, proche du transcendantal.

Kabbel – End Of Norms

pochette Kabbel End of norms

C’est un nouveau départ pour Gregory Hoepffner, artiste au cv démesuré. Slalomant sur les pistes hardcore (Time To Burn), prenant des vagues plus mathrock (Jean Jean), avant d’attérir sur une route plus électronique (Almeeva), on peut dire que le musicos a experimenté chaque manière de faire frétiller les oreilles. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un de ses projets solo qu’il dévoile sous le nom de Kabbel. Nouvel alter ego, nouvel envol sonore, le maestro n’a pas envie de mettre fin à sa quête musicale.

La première chose frappante, lorsqu’on lance End of Norms, son EP récemment sorti, c’est cette facilité qu’a Gregory de partir sur une voie complètement différente, tout en nous donnant l’impression que cet univers lui a toujours appartenu.

La musique de Kabbel dégage quelque chose de profond, proposant un climat tantôt idyllique, tantôt écrasant et brutal. Son style ? Le Queer Sadcore. Une signature sonore singulière pour un artiste qui l’est tout autant. Un nouveau départ mental et esthétique, où Kabbel peut s’exprimer et s’assumer entièrement, tel qu’il est en tant que personne et artiste. On rentre ainsi dans un carnet intime, tendre, mélancolique, et grave tour à tour. Une exploration des sons, qui fusionne avec aisance entre une tempête fêlée, et des moments d’accalmie. Le tout finement produit, laissant deviner le travail assidu dans lequel s’est lancé Gregory pour offrir le meilleur de lui-même.

Lorsqu’on regarde ses clips, on se rend compte que l’artiste accorde beaucoup d’importance à sa mise en scène, à tel point qu’on peut aisément l’imaginer sur scène. Cette importance donnée à la gestuelle se ressent également dans sa musique. On prend goût à ce rythme et ces harmonies, et sommes tentés de suivre les mouvements qu’ils nous prescrivent. Il y a des choses, des moments que l’on aimerait prolonger toute la journée, et toute la nuit; l’écoute de cet EP en fait partie. Une musique noire et charnelle, d’où on ressort secoué. C’est un premier opus habité et passionné, que l’on peut applaudir sans retenue. Amateurs de musique électronique en pleine errance à la recherche de nouveautés, on ne peut que vous conseiller cette œuvre. Kabbel, on a bien hâte de voir la suite de ce projet !

Mickey Van Seenus – Creature Comfort

EP

Une voix envoutante à la Kate Bush, un mélange d’influences électroniques, pop, ambient, une rythmique proche de la transe et un univers jonché d’émotions , voilà ce qu’est Mickey Van Seenus.
Iel nous présente aujourd’hui son magnifique EP Creature Comfort.

Tout au long du disque nous avons l’impression d’être dans un cocon, les effets d’écho et l’ambiance intimiste, ce n’est pas un hasard si on retrouve dans les influences de l’artiste des styles comme l’ambiant qui transpose notre esprit dans un état indescriptible et qui permet de se fondre littéralement dans la musique.
Lorsqu’on écoute Creature Comfort, on devient Creature Comfort et on ressent chacune des vibrations, des vagues d’émoi et de sincérité de l’artiste, plus qu’un EP c’est une expérience.

L’idée de bulle et d’un univers clos prend tout son sens dans le morceau Pretty Good So Far où on évolue dans un trip à la limite du transcendantal. On navigue comme au beau milieu de l’eau, dans un ralenti sublime dans lequel les bulles nous entourent, c’est de l’eau qui coule de partout, un ensemble aqueux qui vient donner le ton et nous absorber.

Mickey Van Seenus, artiste queer a un profil marqué par des dérives liées à la toxicomanie. Iel s’est reconstruit.e au travers de la musique, de la communauté queer et d’une inspiration qui se nourrit de la scène rave et de la communauté cuir/BDSM.
Dans cet EP on retrouve une certaine safe place où le côté organique des morceaux nous rassure, c’est un disque personnel mais pleinement ouvert, la bulle s’ouvre à quiconque voudra la rejoindre. Cette intimité ne cache pour autant en rien la réalité, le côté enivrant et psyché du disque vient nous rappeler les traumatismes de l’addiction sans pour autant nous enlever à cette transe si douce.

En bref cet EP est une invitation à la douceur et à la profondeur abyssale des songes et des sons, une ambiance presque sensuelle bien servie par l’interprétation de l’artiste. La fébrilité qu’iel évoque apparait comme une force, une voix aigüe et enjouée au beau milieu des tréfonds de l’âme.
Creature Comfort, c’est la bulle qu’il nous faut.