Vampire Weekend: This live!

Ils se font rares les New Yorkais de Vampire Weekend. Il faut dire qu’il a fallu attendre six ans entre la sortie du précédent album et l’actuel.  Réputé pour fournir des concerts variés et longs, le show du Zénith s’annonçait excitant, d’autant plus que les billets avaient trouvé rapidement preneurs.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent le long processus pour sortir leur quatrième album Father Of The Bridge. Tout d’abord, l’excellent compositeur, multi-instrumentaliste et parolier Rostam Batmanglij s’est lancé dans une carrière solo début 2016, ce qui aura pour conséquence pour le groupe de proposer des morceaux aux sons moins organiques.  Ensuite, Ezra Koenig, devenu papa, a senti le besoin de trouver de nouvelles inspirations en travaillant ses textes dans les bibliothèques d’universités ou dans les œuvres de musique country.  Pour renouveller le son du groupe, quatre nouveaux musiciens participent à la tournée dont Greta Morgan, chanteuse du groupe The Hush Sound, et la bande, grâce à la signature dans le label Columbia Records, a pu collaborer avec d’autres artistes de renommée (Hans Zimmer, Jude Law, Mark Ronson, …) sur le dernier album qui a été produit par Ariel Rechshaid (Madonna, U2, Kylie Minogue, Charli XCX, etc…). Une nouvelle page se tourne donc pour Vampire Weekend qui joue désormais dans la cour des grosses productions.

La première partie s’est reposée sur les américains Wallows qui avait déjà conquis La Maroquinerie en juin dernier. Ce groupe s’est fait vite connaître car le leader n’est rien d’autre que Dylan Minette, le protagoniste de la série 13 Reasons Why. Le groupe de Los Angeles a délivré durant trois quarts d’heure un set énergique et sautillant, montrant ainsi déjà son aise pour les grandes salles. Naviguant entre le post-punk revival et la power pop, la bande aura réussi à chauffer la salle par ses nombreux titres entraînants comme Scawny ou encore Pleaser.

Après quinze minutes de battements durant lesquelles on a pu admirer le gigantesque globe de la planète Terre installée sur scène, Vampire Weekend arrive enfin et entame le show par Bambina, titre ensoleillée et colorée, assez symbolique du dernier album, enchaîné astucieusement par Cape Cod Kwassa Kwassa du tout premier album. Ce dernier égaiera d’emblée le public qui chantera de manière criarde sur le morceau. A ce propos, les spectateurs sont déchaînés et enthousiastes sur chaque titre. Il faut dire que leur dernier concert à Paris remonte au 21 novembre 2013 !

Le groupe poursuit aisément sa démonstration en revenant sur l’album Contra avec Holiday puis White Sky qui débute sur une minute de solo de guitare de Ezra Koenig.  Mais l’attente se porte essentiellement sur les nouveaux titres et il est agréable de constater que le groupe les maîtrise déjà impeccablement sur scène. Sympathy et Sunflower (joué au rappel) sont les plus aboutis. Aux premières allures de flamenco, les deux titres s’emballent sur la fin pour devenir nerveux et rock voire hard rock par la puissance délivrée par le batteur. Au contraire, si My Mistake est un joli morceau mélancolique, il a été l’occasion pour le public de checker ses notifications, bailler et de penser au repas avec la famille le lendemain. On regrette aussi la présence de Rich Man qui, dans le deuxième tiers du concert, vient couper brusquement et inutilement le moment le plus emballant du concert.

Il s’agira des deux seuls points négatifs de ce concert. La setlist a été très bien conçu, fonctionnant souvent par des petites parties extraites des albums. Par exemple, l’enchaînement Everlasting Amrs – Unbelievers – Step ravive nos souvenirs en nous plongeant dans l’atmosphère énergique et sombre de Modern Vampires Of The City. On peste même contre le public qui applaudit et crie trop tôt sur la fin de Step, nous empêchant d’apprécier la voix organique à la fin.

Quoi qu’il en soit, le climax de la soirée débute sur Hochata puis l’étonnante et énergique reprise de SBTRKT, New Dorp, New York suivie de This Life et Harmony Hall qui nous réconcilient avec la chanson pop et joyeuse. Mais le tout s’emballe, comme la rotation du globe géant sur scène qui accélère proportionnellement au bpm des morceaux joués. Impossible de ne pas rester immobile sur l’enivrant rock’n’roll Diane Young suivi du rapide et nerveux Cousins. Mais le coup de grâce est venu par l’inévitable tube A-Punk qui a fait trembler le sol du Zénith avec les sauts déchaînés de la foule. La sueur et la soif envahissent la salle. Un banal groupe, jouant sur ses acquis, aurait pu s’arrêter à ce moment épique où les gens ne retiendraient que la folie des derniers instants. Mais il n’en est rien.

Les festivités se poursuivent par des mélodies plus douces comme sur Hannah Hunt : pendant deux minutes, le silence et la voix de Koenig se posent dans la salle tandis que le public illumine la salle avec la lumière de poche de leur téléphone quand soudain, à l’appel des touches du piano et sous l’effet de la batterie, le son éclate pour un instant déchirant. Vampire Weekend finit par inviter sur scène une amitié de vieille date : Angélique Kidjo. Ensemble, dans une ambiance de cabaret parisien, ils finissent sur la chansons country-folk Married In a Gold Rush et la « dysney-esque » Jérusalem, New York, Berlin. A cette occasion, Ezra, peu bavard jusqu’à présent, a avoué que Paris lui avait manqué après tant d’absence et cela se ressentira par la suite.

A peine trente secondes de pause et le rappel est déjà présent. Le groupe, plus libéré, prendra plus de temps pour partager avec le public. Déjà, comme dit précédemment, le retour débute par une version étendue et plus heavy de Sunflower durant laquelle des drapeaux fictifs de l’album apparaissent aux contours de la scène. Ezra Koenig, tel un génie sorti de sa lampe, propose à ses fans de répondre positivement trois fois à leur request. Et il joue le jeu car la première demande acceptée est le méconnu Giant, titre bonus de Contrat.  Dans ce petit jeu, il est évident que les gens aux premiers rangs seront les mieux servis et que les purs fans choisissent les titres du premier album : M-79 et Mansard Roof. Facile mais efficace, la nostalgie finit toujours par reprendre le dessus.

Mais ce n’est toujours pas fini ! Croyant plus à la qualité humaine, Vampire Weekend est en revanche en crise existentielle face aux croyances et tient à le souligner, même en live. Le concert se termine par les titres très critiques et satiriques sur la religion avec Worship You et le majestueux Yah Hey où pour la première fois de la soirée, les projecteurs s’éteignent pour placer Ezra en communion avec le public durant son interlude. Signe que ce titre a une place majeure dans l’évolution de la pensée du chanteur. Ravi d’être à Paris depuis un bail, le groupe tient à jouer un vingt-huitième et dernier morceau : l’électrique et mélodique Walcott. Le public, toujours aussi criard, est comblé et finit en liesse.

En proposant un concert généreux et joyeux d’une longueur de 2h15, Vampire Weekend s’assume en tant que grand groupe de l’ère indie rock. Grâce à un répertoire riche et de qualité, la bande a su se montrer à l’écoute de ses fans et transmettre des ondes positives à une salle qui n’en demandait pas tant. Les spectateurs du Zénith de Paris pourront alors se qualifier de « chanceux » . Pas de mine déçue à la sortie du live, bien au contraire, tout le monde s’empresse d’acheter des goodies, ils l’ont bien mérité. En attendant de les revoir en France, les New-Yorkais sortiront leur cinquième album d’ici 2021. Soyez patients.