Une conversation avec Fat White Family

C’est à l’occasion de la sortie de Forgiveness Is Yours le 26 avril dernier, que nous avons rencontré la tête pensante derrière Fat White Family : Lias Saoudi. Retour sur cet échange où on y parle individualité grandissante, de la qualité corruptrice de la musique ou encore de sa passion non dissimulée envers l’œuvre de Marlene Dietrich.

VERSION ANGLAISE PLUS BAS / ENGLISH VERSION BELOW

La Face B : Chaque nouvelle sortie est conséquente dans la carrière d’un groupe. Comment te sens-tu vis-à-vis de ce nouvel album et des éventuelles attentes que votre public ou l’industrie pourraient avoir ?

Fat White Family : Les attentes ? Pour être honnête, c’était tellement difficile d’arriver jusqu’au bout, que l’idée même d’attente était absente. Tout ce qui comptait, c’était la manière dont nous allions réussir à faire cet album avec les moyens que l’on avait. C’était vraiment la seule règle. Avec Serfs Up!,  je me disais que ça allait être l’album qui allait nous sortir la tête hors de l’eau, qui allait nous permettre de nous faire une vraie place dans le milieu et rendre nos vies différentes où l’on pourrait s’offrir un bon repas, louer ou acheter un appartement, peu importe. Il y avait un certain fantasme relatif à cet album et les attentes qu’on en avait. Il a eu un plus grand impact que Songs For Our Mothers.

Quant à Forgiveness Is Yours, celui-ci était problématique au niveau interpersonnel, c’était pire que tout. Il fallait tenir bon et réussir à le terminer, c’est tout. Il n’y avait pas d’autres aspirations au-delà de ça. Maintenant qu’il s’apprête à être délivré aux oreilles du monde, j’espère qu’il n’est pas maudit. Le simple fait de le terminer était une réelle récompense pour moi. Il y a beaucoup de pression associée à une nouvelle sortie, et je ferais tout pour que ça fonctionne autant que cela se peut. Même si c’est une comparaison absurde, il se trouve que c’est le produit de ce que l’on a contenu en nous pendant un certain laps de temps, c’est notre chair même. Et peu importe si l’enfant est détestable, tu te dois de continuer à l’aimer malgré tout car tu n’as pas vraiment le choix. Tu dois en ressortir vainqueur d’une certaine manière.

LFB : En décembre dernier, la sortie du single Religion For One a été introduite par les mots suivants : l’abject narcissisme constitue désormais notre seul véritable code de conduite. Tout n’est que calcul d’intérêt personnel à peine dissimulé. Serais tu alors amené à penser que la société est devenue telle et tend ainsi à se montrer de plus en plus égoïste, dans le déni presque des besoins de l’autre ?

FWF : Je pense qu’il y a une sorte d’effondrement de la notion d’autrui. Tout n’est plus qu’une histoire d’expansion de l’individualité, mais avec une dissolution simultanée de la notion même d’individu. Tout le monde souhaite toujours plus pour sa propre personne, mais ce moi ne fait que se réduire davantage. La machine à laquelle nous sommes constamment branchés, cette nouvelle époque, ce qu’elle nous fait, tend à nous faire apprécier cette individualité. Et cette machine fonctionne davantage lorsque qu’il y a le moins de résistance possible entre chaque nodule. C’est crucial que chaque individu soit semblable à un autre. C’est une sorte de gourmandise vaine, alors que par le passé, à une époque plus romantique, moins homogénéisée, elle se voulait plus élégante. Désormais, il n’y a plus que cette terrible forme d’égoïsme qui subsiste, partout, tout le temps.

LFB : En lisant certaines de tes interviews passées, j’ai constaté que tu y partageais fréquemment ton point de vue concernant l’ère digitale, et l’impact que cela a sur la manière dont les gens s’expriment quant au monde qui les entoure. Malgré cela, penses-tu possible qu’Internet puisse également se manifester comme un outil utile à la mobilisation de masse ?

FWF : C’est optimiste. Le périple semble aller que dans un sens. C’est similaire à ce concept de Mark Fisher où il est plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. Et j’y vois une part de vérité là-dedans. Où est la solution alternative ? Où en sont ses prémices même ? C’est à sens unique. Quand tu penses à quel point l’esprit humain était influencé par la propagande dans les années trente, et combien cela a empiré maintenant que l’on a tous ce micro verse digital méticuleusement conçu et rattaché à notre corps, on en devient presque un cyborg à ce rythme. C’est indivisible de notre personne. Quelles sont les chances de parvenir à nier un système aussi conséquent ? Il n’y a aucune action collective pour contrer cela, je ne la vois pas. Il n’y a personne pour renverser la tendance, c’est relativement puissant et les gens sont trop vulnérables face aux plaisirs vains. Ça reste mon avis, et j’espère que tu as raison.

LFB : Dans l’ensemble, cet album est axé sur la notion d’éphémère et du temps qui passe. Sur le plan psychologique, la composition de cet album a-t-elle été difficile ?

FWF : C’était terrible et drainant psychologiquement. L’expérience était horrible et en aucun cas agréable. Il y avait de bons moments, mais ça restait cataclysmique sur tous les plans.

LFB : Et vis-à-vis du temps qui passe, ce dernier t’effraie-t-il ?

FWF : J’en ai peur, oui. Je me sens plus vieux que ce que je suis réellement, mais je l’accepte. Je suis plus posé que je ne l’étais par le passé. Je suis en couple et j’ai un mode de vie stable. J’ai accepté le fait que tout ce que j’aime c’est lire un livre, prendre un bain, aller au cinéma le lundi à moindre coût, aller à la mer, entre autres, ce qui est assez ennuyeux. J’ai déjà quarante ans dans ma tête alors que j’en ai réellement que trente-sept. Mais je me dis que si je me sens déjà comme une personne de quarante ans, alors le jour venu, ça ne sera pas si déprimant que ça. C’est comme si j’avais déjà quarante ans depuis deux ans maintenant. C’est comme ça que j’anticipe un problème. J’ai une relation malsaine avec le temps.

LFB : Lorsque tu fais face à la réalité abrupte, la musique t’apparaît-elle comme salvatrice ?

FWF : Je ne suis pas certain que la musique ait un pouvoir rédempteur, enfin elle en a un, mais elle reste aussi très corruptrice. Lorsque l’on vit ce mode de vie esthétique, nous sommes conscients que nous sommes enclins à être pris au dépourvu, et ce, d’une manière décadente. Et c’est le cas avec la musique, plus qu’avec n’importe quel autre medium, la musique repose sur la volonté. Ce n’est pas une pale imitation, c’est la détermination elle-même, elle est pure. Les musiciens ont tendance à stagner au même stade, il y a un syndrome de Peter Pan associé à chacun d’eux, l’exemple premier étant celui de Michael Jackson qui s’est créé son propre Neverland. C’est un piège qui peut éventuellement dévaster des gens, tout comme être une grande force libératrice et bénéfique. Il y a une raison sur le pourquoi du comment de l’existence du club des 27. C’est malsain, troublant, éminemment étrange. Le mieux est d’arrêter le plus tôt possible car ce n’est vraiment pas nécessaire de continuer à vivre ainsi jusqu’à la cinquantaine.

LFB : Ce que j’admire avec Fat White Family, c’est cette glorification que vous faites du ridicule face à la situation politique et sociale actuelle. La musique est-elle un bon vecteur pour partager de tels points de vue ?

FWF : Ça peut l’être, d’une façon désinvolte, c’est accessible et d’une durée moyenne de trois minutes trente. Il y a généralement des illustrations qui vont de pair avec tout ça, de quoi se montrer un peu touche-à-tout. En sortant des albums, il y a également cet avantage intersecte où l’on peut avoir accès à plusieurs références à la fois. Ça a toujours été un bon vecteur de ce côté-là. C’est difficile de saisir l’attention de quelqu’un sur ces sujets par le biais de la danse classique ou quelque chose du genre. C’est essentiellement un art populiste.

LFB : La musique est également un art qui permet à un artiste d’exprimer ses émotions les plus intimes. Quels sont ceux exprimés dans ce dernier album ?

FWF : La majeure partie de l’album a été composée dans la panique, car l’un des membres principaux du groupe est parti. Tout a été fait dans une sorte de peur ambiante relative à un drame personnel. C’est le sentiment noyau ici. Je n’étais pas la seule personne à travailler sur cet album, mais c’était ma propre prouesse. Il fallait y arriver, que je le veuille ou non. On mesure toujours se propres limites dans ce genre de situation. Le doute de soi est l’arôme principal. L’arrogance et le doute de soi, ce sont ces deux éléments qui se font face.

LFB : Ce qui est intéressant avec le groupe, c’est que vous continuez à proposer un spectre sonore nouveau à chacune de vos sorties, ce qui donne ainsi lieu à une sorte de melting pot de genres musicaux. Peux-tu alors me parler des principales influences musicales de cet album ?

FWF : Mes principales références pour cet album étaient plutôt littéraires que musicales. J’étais à un stade où j’écrivais un livre et lisait beaucoup plus. Je voulais créer une sorte d’autofiction comme Emmanuel Carrère ou Geoff Dyer. Ou même David Keenan. J’ai d’ailleurs lu l’un de ses livres qui s’appelle This Is Memorial Device, l’un des meilleurs livres sur la musique qui puisse exister si tu as la chance de pouvoir le lire un jour. C’est un peu ici où j’en étais dans ma tête, davantage dans un état d’esprit littéraire que musical. J’aimais aussi beaucoup non pas Edith Piaf, mais Marlene Dietrich. Je l’écoutais beaucoup. Je vivais à Paris et me baladait au printemps avec sa musique dans les oreilles. C’est la chose la plus cliché et sans originalité que l’on puisse faire à Paris, et de loin. Je vivais dans un petit garage à Belleville, l’écoutait en buvant un peu, pas du vermouth mais du campari ou quelque chose du genre. C’est tellement cliché, mais il y a quelque chose à en tirer et c’est important d’aller jusqu’au bout de l’idée. C’est le petit côté rock’n’roll. Parfois, il faut partir s’installer dans un garage à Belleville, écouter Marlene Dietrich et se laisser aller, accepter le fait que l’on n’a pas d’imagination et c’est ok. Ce n’est pas nécessaire d’avoir une grande imagination.

LFB : As-tu, à un quelconque moment, fait face à une sorte d’impasse créative ?

FWF : Oui, mais il faut la contrer, c’est tout. Tout n’est que tactique où l’on essaie d’esquiver une forme d’étourderie. Il faut se tourner vers autre chose, une autre idée, je ne sais pas. Ça fait un moment que je fais ça, mais tu ne sais jamais où tu vas finir.

LFB : En écoutant l’ensemble de vos albums, j’ai l’impression que chaque tracklist a toujours été pensée de telle sorte à ce que cela se clôt sur un morceau plus apaisé que le reste et ce, malgré le chaos qui a pu subvenir juste avant. Est-ce qu’il y a une raison à cela ?  

FWF : À mon avis, cela est une nouvelle fois dû à un manque d’imagination, même si je ne dirais pas que j’en suis dépourvu. Et c’est probablement pour cela que ça se conclu de cette manière, je ne sais pas. Ça fait sens de terminer sur un morceau plus calme. Je ne suis pas un puriste et pas réellement un musicien non plus.

LFB : Vous faites partie du label Domino Records (Arctic Monkeys, Franz Ferdinand), ce qui est un réel avantage étant donné qu’il y a un soutien économique derrière. Selon toi, cela influe-t-il ta liberté créatrice ?

FWF : Un label fonctionne comme un compte en banque. Parfois, le solde est positif, parfois il ne l’est pas.  La superficie de ta maison dépend des moyens financiers que tu as. C’est sympa parfois de vivre dans une petite maison, bien que parfois on achète la mauvaise. Je ne suis pas propriétaire d’ailleurs. Peu importe, je ne me retrouve pas à travers cette comparaison. Ce sont seulement des options. Le compromis, c’est là où tout commence, et parfois, ça fait beaucoup de bien. J’aimerais faire un album moins poli, moins travaillé et plus organique, un album live en somme. Je ne sais pas trop comment j’y parviendrais, mais c’est quelque chose auquel je pense pour plus tard. En bref, ça créé une vraie différence oui. Ça coûte beaucoup d’argent d’enregistrer un album.

LFB : Par ailleurs, j’ai également constaté un réel contraste parmi toutes les pochettes d’albums du groupe. Pour ce qui est de Forgiveness Is Yours, pourquoi avoir opté pour cette sobriété visuelle ?

FWF : C’est l’œuvre de ma copine (Anna McDowell, ndlr), et c’est probablement l’explication la plus rapide. L’autre raison, c’est parce que j’aime beaucoup le contraste entre le côté musical cartoonesque, théâtral, versus le sérieux de la pochette. J’aime la juxtaposition qui est créée ici. La pochette rappelle aussi le vide. Il y a quelque chose d’assez spirituel autour de tout ça.

LFB : Qu’est-ce que représente ce vide alors ?

FWF : Ma copine travaille beaucoup sur la notion du vide, de la perte et de l’absence. Et tout son processus créatif est l’opposé du mien. Elle use beaucoup de la patience, son travail n’est en aucun cas mâché, contrairement à moi. J’ai pensé que c’était singulier que d’avoir cette illustration pour cet album, comme si c’était opposé à quelque chose de nietzschéen, comme on a l’habitude de faire.  

LFB : Pour terminer, j’aimerais également m’arrêter sur vos clips, lesquels jouent un rôle majeur dans l’esthétique d’un groupe. Considères-tu ces derniers comme une extension visuelle des émotions exprimées dans vos chansons ?

FWF : Si c’est bien fait, cela accentue alors la musique déjà existante. De la même manière que le texte accentuerait la musique qui l’accompagne. Ça fonctionne un peu comme ça, comme une conversation entre les deux éléments. J’essaie de marier les deux, et parfois cela fonctionne vraiment bien, parfois non.

ENGLISH VERSION

La Face B : Every single new album is always a huge step in a band’s journey. How do you feel about this new release and the expectations your audience and the industry might have ?

Fat White Family : Expectations ? Honestly, it was such a kind of a problem getting it over the line, that any sense of expectations were not really there. How we finish it with the materials that we have and get it up to a point where it is passable, at least it was, was pretty much the only rule, really.

The last time I made an album, it was like, maybe this is going to be the album that takes us over the hill. That we can kind of establish ourselves in a way where we will be free, approach our personal lives in a new way, where we can afford to buy a nice dinner, rent a flat, buy one, whatever. There was a vague cloud of fantasy about the last one and expectation. It did more than the second one.. Forgiveness Is Yours was so problematic to make on an interpersonal level, it was just worse than anything. So it was like, just hold on and finish. And that was it. I didn’t really have any other aspiration beyond that. Now that it’s going to be out in the world, I hope it’s not damned. When it was finished, it was enough of a reward for me. There’s a lot of pressure on a release. I will do everything I can to give it wings. You carry it around in your person, it’s a sloppy analogy, for however long a period of time, it’s of your flesh. And it doesn’t matter whether the child is hateful, you still love it. You don’t really have any choice. You kind of have to be its champion to a certain extent.

LFB : Last December, when releasing your single Religion For One, you introduced it by saying the following words : Abject narcissism is our only real code of conduct anymore. Everything is thinly veiled self-interest. Would you say society has become so and tend to have high levels of attention-seeking and disrespect for the needs of others ?

FWF : I think there’s been a kind of collapse of the very notion of other. Everything is just kind of selfhood expansion. But with a simultaneous kind of dissolvement of the very notion of the individual. Everybody wants more for themselves, but that self is a permanently kind of reducing figure. I think the machine that you’re plugged into at all times, this new kind of epoch, what it does, tries to make you like it. And the machine works most effectively when there’s the least amount of resistance between various nodes. It’s crucial that each individual is as like every other individual. It’s kind of pointless gluttony whereas I think maybe before, in a slightly more romantic era, or a less homogenized, there was gluttony with style. And now there’s just this kind of like, horrible, horrible kind of selfishness about everything.

LFB : I’ve read words of yours in interviews where you speak about the Internet era and how it affected people’s way of thinking and expressing themselves regarding today’s world. Don’t you think that the Internet can also be a tool for collective mobilization ?

FWF : I think that would be optimistic. The direction of travel only seems to be going one way. It’s like that Mark Fisher thing. It’s easier to imagine the end of the world than the end of capitalism. And I think there’s some truth in that. Where is the alternative? Where is even the beginning of the alternative ? I don’t see any other direction of travel. If you think about how heavily propagandized the human mind was in the 1930s, and how much more sophisticated now that you have this kind of personally curated microverse of Internet kind that’s basically surgically attached to your body, you’re basically Cyborgian at this point. It’s indivisible from you. What chances there are of negating a system that huge? I don’t see a source of collective action. I don’t see that. I don’t see people kind of reversing that. I think there’s too much power here. People are too vulnerable to distraction and cheap thrills. That’s just me, anyway. I hope you’re right.

LFB : Overall, this new album focuses on what’s fleeting and time passing. Was the making of this record psychologically challenging to you ?

FWF : It was horrible. It was a psychologically draining, horrible experience. It was not in any way pleasant. No, there were moments that were good but the general arc was just one interpersonal cataclysm of each other.

LFB : Do you have a fear of time going by ?

FWF : I do. I do feel older but I feel kind of accepting it. I’m a more kind of settled individual than I was before. I have a partner, I live in a stable kind of place. I’ve kind of accepted that what I like is just to read a boog, have a bath, go to the cinema on a Monday when it’s cheap, go on a little beach holiday or something, which is kind of boring. I’m already 40 in my mind whereas I’m 37, but I thought if I just feel 40 now, then when it comes, it won’t be that depressing. So I’ve been 40 for about two years now, because that’s the way I like to anticipate a problem before it comes. I feel time completely in a perverse way.

LFB : When facing the abrupt reality, does music appear like a life-saving art to you then ?

FWF : I don’t think there’s any, like, necessarily redemptive power in it. I think there is. But there’s also, like, a real corruption in it as well. If you live in a purely aesthetic way, then, you know, you’re prone to quite a fantastic kind of bounce of, like, decadence. I think with music especially, music’s kind of, more than any other medium, pure will. It’s not the imitation of the will, it’s the will itself. Music is pure. People that make music have a tendency to get locked into completely arrested development. There’s a kind of Peter Pan syndrome that goes on with musicians, which is kind of sick. The prime example being Michael Jackson, who built his own personal Neverland. Like, you’re just trapped. I think it can kind of completely destroy people, as well as being a force for liberation and good. And there’s a reason why they all dropped out at 27. Because it’s unhealthy, it’s uncanny, it’s weird for permanent. It’s better for everybody involved if they just stop early. Because it’s gratuitous when you behave like that during your 50s.

LFB : What I admire with Fat White Family is your glorification of the ridiculous towards today’s political and social landscapes.To you, is music a good medium to share such thoughts?

FWF : I think music can be a good thing, it’s throwaway, it’s accessible, it only lasts about three and a half minutes. There’s usually a bit of artwork that goes with it, so you can kind of be a bit of an all-rounder. There’s something about the kind of cross-section that involves releasing records where you can touch on lots of references at once. It’s always been a good vehicle for that kind of effect. It’s difficult to get people with ballet or something along those lines. It is more kind of populist, essentially.

LFB : Music’s also an art through which an artist expresses his most inner feelings. If I asked you about the feelings wandering through this new album, what would they be?

FWF : Most of it was made in a kind of panic, because one of our key writers was now gone from the group. So a lot of it was made in a kind of fear which is a kind of personal drama. And that’s basically the main sentiment for me personally. I wasn’t the only person working on the record. But that was my own heroic arc. It’s like whether or not I can even fucking pull this thing off, whether or not I even want to. You’re always kind of like measuring yourself. Self-doubt, I guess, is the main flavor. Arrogance and self-doubt. I think it’s just those two things wrestling with each other.

LFB : What’s interesting with the band is that you keep on offering a new spectrum of sound with each of your albums, creating like a melting pot of musical genres. Can you tell me about the major influences for this album? Did you explore new musical landscapes?

FWF : My main touchstones for this record were all of a more kind of literary descript than a musical one. I was really in a place from writing the book where I was just reading a lot more. So I wanted to do something that was sort of like auto-fictional. Like Emmanuelle Carrère or Geoff Dyer or something like that. Or there was a guy, David Keenan. I read one of his books called This is Memorial  Device, which is one of the best music books you’ll ever read if you can get your hands on it. So that was more where I was in my head. More in a kind of literary space than a musical one. But I was really into not Edith Piaf but Marlene Dietrich. I was really into Marlene Dietrich. I was living in Paris and walking around listening to Marlene Dietrich in the spring. About the most kind of hackneyed, cliché thing you can possibly do in Paris, pretty much. Living in a little garage in Belleville, listening to Marlene Dietrich. Drinking like little, not vermouth, but maybe like Campari or something. That’s so cliché. I just think there’s something in cliché. I think you have to go to the core of cliché. I think that’s what rock’n’roll is about. Sometimes you have to move to a garage in Belleville and listen to Marlene Dietrich. Just go with it. Go with the fact that you have no imagination. It’s okay. You don’t have to have some great imagination.

LFB : Did you sometimes find yourself in a creative impasse?

FWF : Yeah. Everything is just to negate the impasse. That’s everything. Everything is like a tactic. You’re just going to try to avoid thoughtlessness. Roll into some other kind of idea. I don’t know. I guess I’ve been doing it for a while now. You just kind of roll with the punches and you never know where you’re going to wind up.

LFB : When I listen to your album, I feel like you’ve always managed to end up every single of your tracklists with something a bit calmer, despite all the chaos that just happened before. Is there any particular reason for this choice?

FWF : I think again it probably boils down to a kind of lack of imagination. I can’t even say I’m devoid of imagination. That’s probably why it winds up like that. I don’t know. It just makes sense to finish on a downbeat number. I’m not really a purist. I’m not really a musician.

LFB : You’re part of the Domino Records label (Arctic Monkeys, Franz Ferdinand), which assures a great financial support to you. Does this advantage affect in any way your creative freedom ?

FWF : A label is just like a kind of music bank. Sometimes you have credit and sometimes you don’t have any credit. The size of the house that you want to buy depends on your credit. Sometimes it’s nice to live in a little cosy house, even if sometimes you buy the wrong house or whatever. I don’t own a house, by the way. This analogy is not something I’m familiar with personally. It’s just options. Compromise is where you begin. Sometimes that’s really good. I’d like to make an album that’s less studio-centric, that’s less gridded up, that’s more live and organic. I don’t know really how I go about doing that. Maybe that’s something to think about next time. But yeah, it makes a big difference. Of course. Because it costs a lot of money to record.

LFB : I also noticed a deep contrast between all of your album covers. Regarding the latest, how did you end up opting for this visual sobriety ?

FWF : It’s my girlfriend’s artwork. That’s probably the quickest explanation. The other explanation is I like the sense of contrast between the kind of cartoonishness and musical theaterness of the contents, and the kind of hot seriousness of the artwork. I like the juxtaposition there. I also think the artwork looks something about kind of like the void. There’s a sort of whiff of a spiritual tendency.

LFB : So what does this void stand for ?

FWF : My girlfriend makes lots of work about loss and void and absence. She makes it in a way that’s really the opposite to how I work. Her work is all just like patience. She never just smashes things with a hammer. Completely different to me. So I thought it would be really odd to have that as the cover. As opposed to something Nietzschean which is what we always do.

LFB :  I’d also like to mention your videos which always play a huge part in a band’s aesthetic. Do you see them as a visual extension of the feelings expressed in your songs?

FWF : If you do it right, it kind of accentuates the music that’s there. The same way that a lyric will accentuate a bit of music that’s there. It’s a little bit like that. It’s a bit like attaching language to it. Attaching a visual thing. I try to marry that up and some of them really work out. Some of them don’t.

© Crédit photos  : Non Céline