The Limiñanas : « Notre but principal est de prendre du plaisir sur scène »

Parmi tous les groupes qui auront jalonné notre année 2018, The Limiñanas tient une place particulière dans nos coeurs et nos oreilles. Tout simplement parce que Shadow People est un grand et bel album tout en simplicité et en élégance. Alors qu’ils viennent de sortir une compilation de b-sides et de rarities, on a pris le temps de se poser avec Lionel Limiñana pour faire le bilan de cette année 2018 tout en regardant l’horizon 2019 qui s’annonce tout aussi grandiose.

La Vague Parallèle : Salut Lionel, comment ça va ?!
Lionel Limiñana : Ça va pas mal. On est ravis d’être la. C’est la fin de la tournée. On va faire la dernière date de la tournée de Shadow People chez nous à Perpignan le 15 décembre. Donc tout va bien, ça roule.

LVP : C’est votre dernière date à Paris pour cette année. Quel est votre bilan de 2018 ?
L : Ça a été une année durant laquelle on a fait beaucoup plus de concerts que d’habitude, rencontré beaucoup plus de gens que d’habitude et fait beaucoup plus de promo que d’habitude. Globalement, ça a été une année intéressante sur bien des points. On a visité des pays où on n’avait jamais mis les pieds comme l’Australie, on a retravaillé avec Anton Newcombe, ce qui était vraiment un plaisir. On a découvert des trucs, on a joué à la radio en live régulièrement avec des gens comme Bertrand Belin ou Emmanuelle Seigner, ce qui était super chouette pour nous, que ça ne s’arrête pas justement à une séance d’enregistrement. Et je crois que le groupe ramène aussi plus de monde au fur et à mesure que la tournée avance, ce qui nous permet de travailler avec 11 ou 12 personnes et donc de faire les choses différemment. Pour des tas de raisons, ça a été une très bonne année pour nous.

LVP : Vous venez de sortir un album de raretés. Est-ce que c’est un cadeau pour les fans ou une extension de Shadow People ?
L : Ce n’est pas une extension de Shadow People car les morceaux sont issus de plein de supports différents et enregistrés à des périodes différentes. Donc il n’y a aucune logique d’enregistrement ou de production. Par contre, on s’est forcés à faire un disque dans lequel tu puisses rentrer, pas juste faire un disque pour faire un disque. Le gros du boulot ça a été de finir de mixer certains titres qui ne l’étaient pas, pour ça on est allé travailler avec Jim Diamond, qui est l’ancien producteur de The White Stripes et The Dirtbombs. On a aussi rajouté quelques reprises en français qui étaient restées inédites, comme La Cavalerie de Julien Clerc, qu’on a redécouvert lorsqu’on nous a contacté pour travailler sur un tribute à Etienne Roda Gill, dont on a beaucoup aimé la production et le texte.
Tout ces bouts de face B étaient dispatchés sur disque dur et on a passé un bout de l’été dans le van de tournée à réécouter tout ça et à se demander si ça pouvait faire un disque ou pas. Et j’espère que c’est le cas.

LVP : On dit souvent que nul n’est prophète en son pays. Vous avez l’impression que cette année vous avez contredit l’adage ?
L : Alors écoute, si ça a mis du temps à démarrer en France, c’est plutôt de notre faute. On n’avait pas contacté de label, on n’avait pas contacté la presse, on n’avait rien envoyé à personne… Évidemment ça a mis du temps. C’était pas par mépris, c’est juste qu’on n’avait pas spécialement l’impression qu’on arriverait à intéresser des gens avec ce qu’on faisait. On était sur un petit label américain qui sortait des 45 tours et ça nous allait très bien. Et avec le temps et grâce au travail de Because, de notre tourneur Radical, etc., les choses ont changé et le groupe a fini par trouver sa place en France aussi. Mais il n’y avait aucune frustration ni haine pour qui que ce soit.

LVP : Ça rejoint un peu ce que je pense. Ce qu’il y a de beau dans votre façon de faire de la musique, c’est qu’il y a toujours quelque chose de humble et de transmission de plaisir avant tout. Finalement, vous continuez à ne pas vous prendre la tête ?
L : C’est gentil. Et pour te répondre, on se prend beaucoup beaucoup la tête sur des tas de trucs mais j’espère dans le bon sens. On prend la moitié de notre énergie à faire en sorte que le groupe reste sain, qu’il n’y ait pas de problèmes d’ego et que chacun prenne du plaisir et trouve sa place. Sachant que le groupe, de base, c’est ma femme et moi, donc pour tout ce qui concerne la production, les disques, la promotion les photos, c’est nous. Et en live c’est un groupe à géométrie variable qui est stable depuis un bon moment. Là on est 7 personnes et 11 en tournée. C’est vraiment une famille ou une espèce de colonie de vacances avec ses bonnes et ses mauvaises périodes. Le but, ce qui nous relie tous, c’est l’envie de prendre du plaisir sur scène et le reste n’a pas vraiment d’importance. On y arrive de plus en plus et c’est cool.

 

LVP : Je voudrais revenir sur Shadow People. J’ai noté deux choses qui me semblaient importantes. Déjà il y a un gros rapport à l’adolescence.
L : Oui oui, ça parle de ça. Ce qui est curieux, c’est que je ne suis absolument pas capable de me rappeler ce qui a été le déclencheur de ça. J’ai du croiser quelqu’un ou passer devant mon lycée… Il a du y avoir un truc de ce genre-là. Ou alors, quand le moment où j’ai amené mon fils pour la première fois au collège est arrivé ça m’a fait remonter des trucs, j’en sais rien, je sais pas d’où c’est venu.

Ce qui est vrai c’est que depuis le second album, on a eu l’habitude de construire les albums, pas vraiment en les scénarisant mais en les structurant avec un début, un milieu et une fin. Parce que j’aime l’idée, que comme dans les disques de ton enfance, quand tu écoutais Pierre et Le Loup (même si bien évidemment on n’est pas à ce niveau-là). L’idée de mettre le casque et de rentrer le disque c’est un truc que j’ai toujours adoré faire.

Humblement c’est ce qu’on essaie de retrouver sur la structure des albums et c’est comme ça qu’on a fait Shadow People. D’abord en travaillant sur les maquettes et après en écrivant le texte. Et en travaillant sur le texte, l’adolescence est un sujet qui m’a paru pouvoir nous amener à écrire 12 chansons pour un disque. C’est pas forcément autobiographique, c’est une période de la vie qui raconte des histoires de lycée que pleins de gens ont connu, que ce soit en France ou en Angleterre. La discrimination, l’isolement et le moment où tu trouves ta place. Pour certains, ça va être les jeux de rôle, pour d’autres les jeux vidéos,… Nous à l’époque, c’était les mouvements de mode, le rock et la pop en général. Quand on est arrivé au lycée, Marie et moi, on a découvert les mods, les punks, les skins,… Enfin, on savait déjà ce que c’était mais on est passé d’un collège rempli de sportifs et de gens qui nous emmerdaient à un lycée où on était acceptés et absorbés par ces bandes-la. Et ça, ça a nourri toute notre vie et encore aujourd’hui d’ailleurs.

LVP : L’autre point important de l’album, et tu en as justement parlé, c’est son côté cinématographique. Avec un début, une fin et une histoire. Mais encore plus que dans les autres albums, le fait qu’il y aie plus d’intervenants donne la sensation de seconds rôles…
L : C’était l’idée mais ce n’était pas vraiment voulu. On n’a jamais listé en se disant « on va prendre douze personnes ça va ramener plus de monde … ». On a rencontré Emmanuelle, elle a enregistré un titre. On a croisé Bertrand en Australie… On a décidé de recontacter Peter Hook, Anton était là,…  Finalement, ça a donné une sorte de casting idéal des gens qu’on voulait retrouver sur ce disque.

 

LVP : Et question d’un fan à un fan : ça fait quoi de bosser avec Peter Hook ?
L : Eh ben ça fait drôle ! C’est à dire que quand j’ai reçu les premières pistes, le fait de se retrouver avec son son sur le nôtre, c’était juste incroyable. C’est difficile de dire que ça m’a fait, c’était une émotion vraiment violente et hyper forte. J’y croyais pas et j’ai tout de suite envoyé ça à mon frangin… C’était vraiment incroyable.

LVP : Et vous avez l’intention de retravailler avec lui ?
L : Avec Peter Hook ? On va lui demander pour tous les albums. On sait pas si ça marchera à chaque fois, parce que le pauvre il a autre chose à foutre (rires). Mais c’est un mec adorable, vraiment hyper ouvert et très très cool.

LVP : J’ai remarqué que toutes les générations accrochent à votre musique. Est-ce que c’est quelque chose qui vous touche de faire ce lien ?
L : Oui et c’est hyper étrange parce qu’on a même des gamins-gamins, ce qui est hyper curieux car le live est plutôt bruyant et plein de fuzz. Malgré tout, on a plein de mômes, on a joué récemment pour des enfants l’après midi et pour les adultes le soir et pour les gamins c’était blindé et ça a très bien fonctionné. C’est très étonnant et je n’ai pas d’explication à ça. Je pense qu’il y a une naïveté dans la manière de travailler sur les riffs qui les rendent faciles à mémoriser. Mais la musique reste pas forcément évidente, donc c’est un mystère pour moi.

LVP : Est-ce que tu as des coups de cœur récents ? En film, musique ou livre.
L : En bouquin c’est pas récent mais c’est un truc que j’ai lu y’a pas tellement longtemps : la biographie du guitariste de Chic. J’ai trouvé ça émouvant et à la fois sordide et à mourir de rire. Musicalement, les derniers trucs sur lesquels on a flashé c’est The Sore Losers avec qui on a joué sur plusieurs dates, le dernier album de JC Satan et le dernier maxi de Sleaford Muds. Et au cinéma… le dernier truc que j’ai vu à la télé et que j’ai maté plusieurs fois c’est le documentaire sur Sleaford Muds qui est passé sur Arte et que je te conseille vraiment.

LVP : 2018 se termine , c’est quoi les plans de 2019 pour The Limiñanas ?
L : On va continué de tourner, on va lever le pied sur la France parce qu’on y a beaucoup joué. On va aller en Angleterre, en Irlande et en Écosse. On va continuer à faire des festivals d’été. Il va y avoir un album qui devrait sortir avec Emmanuelle Seigner et Anton Newcombe ainsi qu’un maxi, on a aussi deux BO de films qui sont presque finies. Et si on arrive à tout boucler, je touche du bois, on va sûrement attaquer le prochain album.

LVP : Et pour finir.. En janvier on vous a présentés comme les sauveurs du rock français. Récemment on a placé Rendez-Vous comme les sauveurs du rock français. Est-ce que tu penses que le rock français a besoin de sauveurs ?
L : Non, moi je pense que le rock en général se porte plutôt bien. Ce qui est vrai, c’est que ça manque de mise en lumière parce qu’il y a des dizaines et des dizaines de groupes en Europe qui sont mortels et dont tu entends peu parler sauf si tu fais partie d’un circuit indé et underground.

Je pense pas qu’on ait besoin de le sauver le rock français. Je pense que notre truc c’est plus la pop que le rock au final. Et en utilisant le terme pop, moi je mets sans complexe Serge Gainsbourg, JC Satan et Bertrand Belin dans le même bac de disques et c’est ça, pour moi, le rock français.

The Limiñanas sera en concert (entre autres) le 31 janvier à Nancy (L’Autre Canal), le 1er février à Bruxelles (Atelier 210) et le 29 mars à Lille (Zenith).