Squidji libère l’ocytocine

Entre un RnB moderne et une faculté de rappé, la musique de Squidji commence à trouver sa forme finale sur ce premier album appelé Ocytocine. L’hormone de l’amour qui est libérée ici au fil des 17 titres du projet sous forme de story-telling. Une histoire dans laquelle il faut plonger les deux biens en avant pour une immersion des plus intenses.

crédit : Inès Ziouane

Une chorale s’élance et avec elle le lancement de Nous, premier morceau et introduction au voyage proposé par Squidji sur Ocytocine. Il donne le ton et continue cette introduction avec Southside installant encore un peu plus cette atmosphère chaude et intimiste. Comme le titre du projet l’annonçait, le thème conducteur est l’amour et ses multiples facettes racontées par le prisme du jeune artiste. La première interlude, (enfance) confirme que pour ce début d’album, son coeur est brisé par une rupture et ne demande qu’a être réparé. Pour ce faire, changement d’ambiance avec l’aide de Josman, premier invité du projet sur le titre Subaru. Une ride nocturne et mouvementée dans laquelle les deux rappeurs entrechoquent leurs flows dans un morceau énergétique apportant un tournant plus sombre à ce début de projet. Malgré cette escapade, le coeur de Squidji peine à se reconstruire, ses démons refont surface sur Paris c’est Noir. Naturellement, son ancienne relation refait surface et avec elle des doutes et questionnements couchés sur le papier à l’aide de mélodies posées avec légereté sur une composition des talentueux Saint DX et Paco Del Rosso.

« J’ai besoin d’un A pour pouvoir soigner mes maux

Pour pouvoir soigner mon moi

Je veux le M car je suis proche de la mort

Car j’ai perdu ceux que j’aime

J’aimerais le O car des fois, je perds mes mots

En face de tous mes problèmes

Donne-moi le U car comme un con, je t’ai cru

Si j’avais su, j’aurais fui

Je veux le R, maintenant, je n’ai rien à perdre

J’aimerais juste prendre l’air

Je veux l’amour »

SquidjiA.M.O.U.R

Sur A.M.O.U.R, Squidji évoque cette envie de retrouver l’âme soeur, de réapprendre à aimer. Alors qu’il va en boîte pour faire la fête et oublier ses peines de coeur, il semble avoir été entendu. A l’entrée, il rencontre une mystérieuse fille, interprétée par l’artiste Jäde, présente sur les interludes comme (money machine), et c’est elle qui le fera entré dans ce lieu de fête. Une fois à l’intérieur du club, l’atmosphère deviendra plus électrique et fidèle à cet endroit de débauche ce qui est parfaitement retranscrit à travers Stripper. Malgré les rythmiques club du morceau, l’artiste semble tourmenté par cette rencontre.
L’atmosphère ne cesse de chauffer avant d’atteindre son paroxysme sur BZ, une connexion remplie d’alchimie avec une autre tête en vue du moment, Lala &ce. Le morceau prends le meilleur des deux univers pour donner à la connexion une cohérence détonante entre les deux artistes. Une fois cette montée d’hormones calmée, le téléphone affiche un nouveau message, laissé par Jäde qui propose à Squidji de continuer à se voir. Malgré leurs différences, ils partent ensemble de la soirée, s’enfonçant tous les deux dans une bulle d’oxygène gonflée par leur amour récent et passionné.

Viens dans ma bulle, j’aimerais qu’on se coupe du monde, bébé

Tu seras à l’abri pendant que le tonnerre, il gronde, bébé

Aucune formule chimique pourra décrire c’que j’ressens pour toi

Vois moi comme une couche d’ozone car pour toi, j’suis protecteur

Sentir ta respiration, c’est comme un bon gros bol d’air

SquidjiOxygène

La passion atteint son paroxysme sur Channel Bag, Squidji prêt à tout pour sa bien-aimé, lui exprime à nouveau tout son amour. Progressivement l’ambiance du projet s’obscurcit, un peu à l’image de la relation entre les deux protagonistes. Si l’amour est toujours présent, la passion des débuts s’effritent de plus en plus au détriment d’une jalousie légèrement présente et d’une descente d’euphorie rappelant le jeune homme à la réalité. Toutes ces choses sont exprimées à travers Insta et son instrumentale drill signée Ponko, Ikaz Boy et Prinzly.
L’ambiance continue à se noircir quand accompagné de la bruxelloise Lous and The Yakuza, il décide de mettre en avant les Cicatrices que portent les femmes aussi bien au sens propre qu’au figuré. Conscient que ce n’est pas son rôle de parler de chose qu’il n’a pas vécue, il invite donc Lous à relater ce qu’elle a pu vivre en tant que femme, prenant à nouveau une dimension bien plus imposante que celle de simple interprète. Squidji ne s’efface pas totalement du morceau, gardant une distance et sa place d’homme vis-à-vis de la situation, étant à l’écoute pour celles qui en ont besoin. Parfaitement ancré dans la direction du projet, le titre est malheureusement représentatif de phénomènes de plus en plus actuel.

Squidji
Crédit : Zoé Renard

Malgré la réalité des relations et les hauts et les bas qu’elles peuvent comporter, Squidji renait avec cette nouvelle aventure, à l’instar du papillon qui sort de sa (chrysalide). Une dernière interlude qui vient annoncer les changements opérés ces derniers temps dans la vie du jeune artiste lui permettant de se sentir plus en phase avec lui-même. Il s’offre un dernier featuring de choix avec Disiz avant de clôturer avec Changer symbolisant une fois pour toute l’évolution qu’il a connu et cela sur divers plans. Conscient de ce qui a été modifié, il en sort plus serein et en phase avec lui-même, confirmant que même les plus gros moments de doutes ou de faiblesses servent à être plus en paix avec soi-même.

Le storytelling instauré par Squidji lui permet de balayer un certain nombres de thématiques sans trop en dire sur lui, laissant une part non négligeable à l’interprétation. En déroulant ce fil rouge, il dévoile également une palette musicale assez large allant de la trap (Subaru) à du RnB (Paradis Bleu) en passant par la drill (Insta) le tout avec sa singularité. Une richesse musicale portée à bout de bras par une brochette de beatmakers cinq étoiles. En plus de ceux déjà cités, il est bon de rappeler la présence de Dioscures, Benjay, Sofiane Pamart et OBI, bref le haut du panier.
Aidé par son amour des femmes et surement par ses histoires personnelles, Squidji touche en démontrant sa version d’un sujet aussi universel que l’amour. Source intarissable de morceaux, le jeune artiste a insufflé à ce sujet une vision ancrée dans son époque en l’appuyant par certaines thématiques actuelles. Un beau tour de force qui devrait servir à l’installer tout doucement sur le devant de la scène.

On a discuté avec l’artiste avant la sortie du projet, une discussion à retrouver par ici.

Vous pouvez retrouver Squidji sur Instagram et Facebook.