Sopico : « Je parle d’abord des émotions »

Depuis ses débuts, la guitare a toujours été un élément central de la musique de Sopico. Ce n’est pas pour rien qu’elle officie comme fil rouge de son nouvel album, Nuages. Nous avons rencontré l’artiste lors de la reprise des Fifty Sessions au C12, à Bruxelles. L’occasion de faire le point sur son attache à cet instrument, son parcours et bien évidemment de rentrer un peu plus en profondeur dans ce nouvel album.

Sopico
Yann Rabanier

LFB : Comment as-tu vécu la sortie récente du projet et les retours qui s’en sont suivis ?

Sopico : Depuis toujours, les sorties de projet ça me libère parce que déjà, je vis très mal le mix et le master car c’est des moments où je ne travaille pas dessus. Du coup, j’ai plusieurs choses à redire, je te trouve que c’est l’enfer. J’étais assez heureux d’arriver à la fin de ce processus donc quand ça sort ça fait du bien ! Ca veut aussi dire qu’on va pouvoir représenter les morceaux en live, bosser tout ce qu’il y a autour : les clips, les rencontres avec les gens.
Je suis content des retours, les gens font ce petit voyage. C’est un projet qui me tient à coeur et je pense qu’il se place plus dans les coeurs que dans les têtes.

LFB : Tu as déjà sorti deux clips : Slide et Tout va bien. Dedans, on ressent une vraie prise de risque. C’était une de tes volontés de frapper fort aussi avec le visuel ?

Sopico : Ouais, je voulais m’amuser. Ça fait presque trois ans que je n’avais pas fait de clips, je voulais y aller à fond. Typiquement, le clip de Slide, c’est à l’image de ce que je voulais faire. Je propose la cascade au réalisateur, il me dit que c’est possible donc on le fait !
Tout va bien pareil, je propose de m’enflammer de la tête au pied sauf que dans la pratique c’est plus compliqué que ça. Au final, ça a donné un clip un peu alternatif. On n’avait pas le rendu que l’on voulait avoir, du coup je l’ai remonté moi-même, c’était une sacrée expérience ! Mais pareil, c’était kiffant, j’aime bien ce côté où je mets un peu d’adversité dans mes visuels. Slide je dois me mettre un peu en danger, prendre sur moi par rapport à la hauteur du bâtiment. Pour Tout va bien, je ne m’étais jamais enflammé. Après, je ne dis pas que je veux me blesser dans chacun de mes clips (rires) mais je trouve ça bien que ça reste des expériences intenses et c’est aussi à ça que sert la musique.

LFB : Comme tu viens de le dire, c’est toi qui a remonté le clip de Tout va bien. Quel rôle occupes-tu dans la partie visuelle de ta musique ?

Sopico : Je suis très impliqué ! Beaucoup à l’écriture, au moment où l’on organise un peu ce qu’il va se passer. Après, je touche un peu au montage donc j’aime bien y participer.

LFB : Y a un élément qui revient dans les deux clips mais aussi dans tout le projet et même au final tout au long de ta carrière, c’est la guitare. Quel est ton rapport avec cet instrument ?

Sopico : C’est l’instrument qui m’a donné envie de faire de la musique avant même de faire du rap. Ça a été mon point de départ artistique. C’est un instrument qui est très accessible, polyvalent et qui a plein de représentations dans plusieurs styles musicaux. En fait, ça m’a ouvert à la musique et à tous ses styles. Si aujourd’hui je fais du piano, c’est parce que j’ai compris comment fonctionnait une guitare, des notes, des harmonies. Du coup, je veux trouver d’autres formes de composition.
Je suis très inspiré par les instruments en général, j’essaye d’en jouer le plus possible et de me former à des instruments en dehors de la gratte.

LFB : A quel moment, te vient l’idée de mettre de manière variée de la guitare sur tout un projet ?

Sopico : Quand j’ai fini , j’ai commencé à comprendre comment on faisait pour produire des morceaux. J’avais déjà envie de faire des morceaux guitares-voix, mais je ne l’ai fait que sur Bonne étoile. En fait, à un moment je me suis dit que plus tôt que de mélanger des morceaux très acoustiques avec des morceaux très produits, très numérique j’allais me pencher que sur cette option. J’ai fait beaucoup de morceaux très produits et puis je me suis dit que j’avais envie de mettre en avant l’instrument et c’est là que je suis rentré dans la création de l’album.
On va dire que l’année avant sa sortie, j’ai réfléchi et fait pleins de morceaux plus acoustiques. A la fin, ça a donné l’album.

LFB : Il y a aussi le fait que tu travailles avec Yodelice qui a peut-être eu un rôle ou un impact sur ton projet, non ?

Sopico : Quand je lui ai dit que je voulais mettre en avant la guitare, il m’a dit de ne pas le faire à moitié. Il m’a vraiment poussé à avoir une balance 50/50 avec mon instrument et ma voix. Quand j’emmenais le truc un peu trop loin ou que je tombais dans de la surproduction, il me conseillait.
Il a vraiment joué son rôle de DA. Mais il a aussi été arrangeur et co-producteur sur certains titres de l’album. On s’est mis d’accord puis on a été têtu de A à Z pour que le projet ait cette forme-là.

LFB : Comme tu l’as dit, avant tu étais sur quelque chose de plus produit, sur il y avait pas mal de textures digitales notamment. Comment expliques-tu ce changement ?

Sopico : En fait, j’adore l’aspect digital de la musique et je voulais le dissocier avec des schémas de pensée différents parce que ça va de Slide à Crois-moi qui sont des morceaux très opposés mais qui se rejoignent sur le rapport guitare/parole.
Pour le coup, j’ai aussi fait beaucoup de morceaux digitaux mais je ne voulais pas tout mélanger quitte à les amener par la suite dans un cadre où le digital sera central. Ce que j’ai voulu faire, c’est segmenter les styles de ma musique pour mieux les présenter.

LFB : Pour YË, il y a eu certains titres en version Unplugged, c’est quelque chose que tu pourrais refaire ?

Sopico : Ouais, mais je ne pourrais pas le faire avec Nuages parce que l’album est déjà comme ça. Ca me fait toujours kiffer de rejouer les morceaux à la guitare. Je pense que c’est une version de ma musique que les gens ont compris. Ils savent que je fais ça de manière naturelle et spontanée. Je pense que je garderais toujours cette envie de faire des guitares/voix. Après, ce qui m’intéresse plus aujourd’hui c’est comment je vais les présenter.
Puis je n’ai pas envie de faire que des contre-pieds dans mes projets mais aussi des choses où tous les éléments sont clairs. Je pense que c’est une force de l’avoir compris grâce à plein de gens : beaucoup Yodelice, mais aussi des gens autour de moi qui me connaissent, comme ma famille qui me conseillait sur mes titres alors qu’à un moment j’étais plus têtu et radical.

LFB : Cette idée de faire des sessions Unplugged, elle est venue avant ou après ?

Sopico : Je voulais faire ça avant mais c’est sorti après l’album. Du coup, j’avais plus de matières. Après, j’ai commencé comme ça sur Facebook, avec des guitares/voix où je rappais. Je suis revenu aux sources car je voulais le faire dans un cadre bien précis. Quand j’ai fait les Unplugged j’avais aussi de grands classiques en tête, celui de Nirvana, Lauryn Hill des gros morceaux guitares/voix qui me font kiffer. Je voulais à ma façon amener ce délire-là.

LFB : Tout ça rend ta musique assez diversifié, c’est important pour toi de ne pas te rattacher à une case ?

Sopico : Oui, j’aime bien ce truc-là. Après, je me crée un petit costume et une petite case en me présentant avec ma guitare. Après qu’on me dise rappeur guitariste ou rockeur ou même un mec qui fait des balades et du rap ça me parle parce que c’est que j’amène.
Je ne suis pas dans une case, mais en même temps je mets en avant une identité qui pour moi est l’essence même de ce que j’ai toujours voulu faire. Si ça me crée une case perso, c’est cool ! S’il y a des gens qui veulent venir faire un tour dans cet univers, ça me parle.
Ca me permet aussi de faire des crossovers sympa aussi, de mélanger ce que j’adore dans le rap avec des choses que j’adore dans les autres styles. Ca me décloisonne, mais en même temps on en revient à la voix et à l’instrument.

LFB : Il y a aussi une plus grande part à la mélodie que sur YË. Quel est ton rapport au chant ?

Sopico : Je n’ai pas pris de cours de chant. J’ai toujours aimé faire des mélodies. Ça vient naturellement de mettre des mélodies avec la guitare parce que l’harmonie se situe juste entre l’instrument et la voix. Il y a beaucoup de plus de morceaux mélodiques. Je me suis dit que quitte à faire des morceaux un peu sensible, intimiste pourquoi ne pas mettre aussi de la mélodie pour exprimer certaines émotions qui passent parfois beaucoup mieux dans la mélodie que dans le phrasé pur.

LFB : Tu viens de dire qu’il n’y aurait pas d’Unplugged pour Nuages, mais au final c’est un peu le même style de prestation que tu vas livrer sur scène, non ?

Sopico : Là je vais me produire avec un liveband pour Nuages pour lui donner un aspect encore plus enrichi avec une basse, une batterie, une deuxième guitare qu’il n’y a pas spécialement sur certains morceaux. Je me focalise plus sur quelque chose de rock en live. J’essaye de vraiment fusionner ce kiffe que j’ai dans le rock avec justement ce que j’ai pu découvrir en défendant sur scène. Là pareil, j’étais dans un crossover entre justement le côté très instrumentalisé et le côté attitude/rap.
Bizarrement, je chante peut-être un peu moins sur scène et je rappe et joue plus.

LFB : A propos des thématiques du projet, il est aussi plus personnel et donc moins égotrip que . Il y aussi une thématique qui se dégage un peu plus que les autres, celle des relations amoureuses. Est-ce que c’est lié à des choses que tu as pu vivre ?

Sopico : C’est assez particulier parce que je n’ai pas spécialement envie de parler de moi, mais plutôt de ce que l’on ressent tous. Car d’une manière ou d’une autre c’est les mêmes choses, il n’y a pas 1000 thèmes dans la vie. Il y a des grands thèmes et des sous-catégories. L’égotrip en est une pour le rap et les chansons d’amour c’est un grand thème musical. Je voulais vraiment aller au coeur des émotions, chercher à être le plus sincère possible sans faire de storytelling de ma vie. Je parle d’abord des émotions et après de ce que ça peut provoquer comme attitude ou façon de penser.
En vrai, j’ai un rapport à ça qui est assez pudique. Du coup, je raconte des histoires d’amour que je n’ai pas forcément vécu mais qui sont peut-être fantasmées par ce que j’ai pu lire, voir comme film ou même par les discussions avec mes potes. Le thème principal qui soude un peu tous les morceaux c’est le rapport aux émotions. Je l’ai appelé Nuages parce que pour moi c’est un synonyme d’émotions. C’est aérien, c’est quelque chose qu’on ne peut pas attraper mais qui est présent tout le temps.

LFB : Il y a un autre sentiment qui est présent et corrèle avec ce que tu dis, c’est celui d’espoir. Il est surtout présent sur l’interlude, .amerbéton. Est-ce une manière d’être en accord avec toutes les émotions qui t’habitent ?

Sopico : J’essaye, je pense que c’est le travail d’une vie !
Mais ce que je voulais avec ça, c’est motiver sans tomber dans le positivisme extrême. Il faut prendre les bonnes et les mauvaises choses pour tirer des leçons. Ce que je voulais montrer avec .amerbéton, c’était que la finalité c’est d’être bien, d’être heureux. Après, on fait tous des erreurs accepte les, accepte celles des autres et tu vivras d’autres joies et peines à l’avenir.

LFB : Ces interludes construisent un peu l’album. Qu’as-tu voulu montrer avec ces trois tracks ?

Sopico : Je voulais remettre la parole au premier plan. Il n’y a pas de guitares sur les interludes. Ce que je voulais, c’étaient trois points de vue différents : Le mien, celui d’Anne-Agathe et celui de ma mère montrer la réalité de la poésie. Dans nos mots quand on parle avec des gens ou quoi qu’il arrive, on essaye de transmettre des émotions de la même façon que dans mes morceaux.
Pour moi, c’est un peu un moment où la pression instrumentale retombe et où j’invite les gens à vraiment se concentrer sur les paroles pour soutenir le propos. Sans être de nouveau dans un gros storytelling, j’en donne un peu plus dans ces interludes parce que la guitare n’est plus là, il ne reste plus que les mots.

LFB : Ça donne aussi un aspect cinématographique au projet, c’était voulu ?

Sopico : Je pense que c’est assez naturel chez moi, on appelle ça la synesthésie. J’ai un rapport très visuel à la musique. Pour moi, c’est évident que les mots reviennent et qu’il y ait des bulles dans le projet pour que ce soit une sorte d’expérience live. Puis ça permet aussi à chacun de trouver son chemin dans l’album.
En tout cas le mien, je ne pouvais pas l’exprimer sans revenir à quelque chose de pesant au niveau des mots.

LFB : Maintenant on va aborder le dernier thème avant de conclure. Sur un morceau comme Février mais aussi à d’autres moments dans l’album, tu reviens sur ta carrière. T’avais cette envie de faire une sorte de bilan ?

Sopico : Ouais, j’avais envie d’une certaine façon d’en parler parce que ce soit pour moi ou les gens qui m’écoutent ou même ceux qui me découvrent, j’aime bien qu’on comprenne aussi que je fais de la musique par passion. Ça a régi un peu toutes les étapes de ma vie. Expliquer d’où je viens pour montrer où je vais, c’est la meilleure façon de montre ma direction artistique qui est aussi mon chemin de pensée dans ma vie personnelle. C’est pour ça que l’album il est sincère, je cherche à exprimer ce chemin de pensée dedans.

LFB : Qu’est ce que que je peux te souhaiter pour la suite ?

Sopico : La forme, la santé et l’amour.