Soleil Bleu : “On a besoin de l’un et de l’autre pour pouvoir trouver l’équilibre”

Fin février, Soleil Bleu sortait son premier EP. Un EP du nom de Félins pour l’autre, composé de six morceaux qui jouent avec le clair-obscur, saisissent le temps et baignent dans des influences toutes plus qualitatives les unes que les autres. Nous sommes alors allés à la rencontre d’Arthur Jacquin et Lou Lesage, dans leur appartement parisien, pour y parler soleil de minuit et puissance de l’instant. Retour sur cet échange.

Soleil Bleu portrait

La Face B : Hello Soleil Bleu, comment allez-vous ?

Arthur : Ca va tranquillement, sous le soleil.

Lou : Bien réveillée.

LFB : Il y a un peu plus d’une semaine, votre premier EP sortait. En quelques mots, pouvez-vous me raconter sa genèse ?

A : Sa genèse, c’est notre rencontre avec Lou qui était amoureuse dans un premier temps puis musicale ensuite. Je faisais mes morceaux de mon côté et puis un jour, j’ai proposé à Lou de faire les chœurs. J’ai alors crée un morceau Voie lactée qui se trouve sur l’EP et sa première mélodie a été faite sur ce morceau, ensuite on en a composé plein d’autres ensemble. Pour l’EP, on en a sélectionné quelques uns après plusieurs écoutes avec des amis ainsi que Maxime Kosinetz, l’ingé son avec qui on a travaillé, et on a choisi les morceaux que l’on pensait fonctionner ensemble, qui raconteraient quelque chose et qui alors marqueraient ce premier disque.

LFB : Les opposés sont partout au sein de votre projet, que ce soit dans vos influences qui naviguent entre la modernité et la nostalgie d’hier, la musique et le cinéma ou encore la lune et le soleil. D’où vient ce pendant pour la dualité ?

A : Au-delà du projet, cette notion de dualité est partout. On a besoin de l’un et de l’autre pour pouvoir trouver l’équilibre sinon on pencherait que d’un côté ou de l’autre et ça serait peut-être dangereux. C’est une source de création et d’inspiration qui se retrouve dans notre nom Soleil Bleu aussi, qui est un peu le Soleil de minuit, un morceau d’Etienne Daho, ça nous évoque beaucoup ça. Et même chez nous la nuit, quand on est éclairés par la lune, c’est tout bleu, ce qui nous ouvre vraiment des possibilités vers l’imaginaire.

L : Au tout début, quand on a commencé à composer et écrire ensemble, c’était des sortes de dialogues que l’on avait mis en place, c’était assez intéressant.

A: Oui, on se répond tous les deux. On n’a pas toujours tout de suite la même envie ou vision des choses mais justement, l’équilibre qu’il y a entre ces contrastes d’idées ou de directions qu’on peut prendre tous les deux, crée une rencontre.

L : Il y a des morceaux comme Le Navire qui parle d’un navire et de l’amour aussi. On a plein de morceaux avec d’autres sens et on peut les lire comme on a envie.

LFB : Artistiquement, vous vous voyez comme complémentaires l’un et l’autre ?

A : Absolument, que ce soit dans l’écoute et ce que l’on s’apporte. On se laisse toujours la parole à l’un et à l’autre pour voir où chacun veut aller, puis après on fait des choix ensemble. Mais il n’y en n’a pas un qui va trancher et qui ne va pas laisser le choix à l’autre.

LFB : Félins pour l’autre tourne autour du bleu et l’obscurité. Cet EP a t-il été composé la nuit ?

L : Pas mal la nuit à vrai dire.

A: Oui, c’est vrai. Après il y a beaucoup d’inspiration qui vient des choses de la nuit, on le retrouve dans les textes d’ailleurs.

Soleil Bleu Portrait

LFB : Avant la sortie de votre EP, vous proposiez des morceaux teintés de soleil et de légèreté. Aujourd’hui, c’est plutôt le contraire. Quelle a été la raison de ce tournant ?

L: Je pense que c’est arrivé avec l’évolution de notre musique. Au départ, il y avait un côté très enjoué avec les instruments tels que la basse et la batterie qui rajoutaient quelque chose d’un peu plus fort. On a toujours été dans ce truc un peu dark tout en gardant un second degré et là je trouve que l’EP nous représente vraiment, que ce soit notre univers ou ce vers quoi on se projette, ce vers quoi on a envie d’aller.

A: C’est moins pop lumineuse, ensoleillée et toute gentille justement, on avait besoin d’un contraste.

L : Mais ça peut le rester.

A : Bien sûr !

L : Maintenant on part plus vers des histoires inspirées des films noir.

A : J’ai du mal à aller vers quelque chose d’uniquement joyeux, même si ça peut faire du bien. Avoir une petite racine un peu plus sombre peut aussi donner plus de lumière d’un côté.

LFB : À écouter vos morceaux, on peut constater que vous aimez jouer avec les mots. Qui écrit parmi vous et quel est votre processus d’écriture type ?

L : Celui qui écrit le plus c’est Arthur et il est très jeu de mots. (rires) Il écrit plus que moi mais parfois sur des morceaux, il y a des mots que je vais changer afin que ce soit plus facile, plus direct dans les mélodies de voix. Si par exemple je lui dis que ça va trop loin, que c’est trop imagé, qu’il faudrait arriver plus dans le concret, il m’écoute beaucoup. On est très complémentaires ! (rires)

LFB : Chez Soleil Bleu, vous aimez inventer des histoires accompagnées de leurs personnages. La réalité vous ennuie-t-elle ?

L : La réalité ne m’ennuie pas mais c’est plus facile de rentrer dans des personnages pour raconter des histoires car c’est moins autocentré sur nos sentiments ou notre façon d’être. On préfère se mettre dans des personnages, inventer des histoires pour être plus ouvert.

A : On est tous un peu un personnage aussi, on peut tous avoir cette possibilité où l’on peut être le personnage dont on parle, auquel on peut se soumettre etc. L’écriture est assez directe car c’est toujours des sentiments qui viennent de nous. On s’imaginer beaucoup de scénarios pour faire les paroles, ce qu’il y a autour des personnages et de la vie que l’on veut raconter. C’est toujours ce qui nous touche directement, on ne peut pas être distants.

L : C’est très cinématographique finalement.

LFB : De toutes les histoires que vous avez pu raconter dans vos chansons, quelle est celle qui fait le plus écho à votre vie ?

L: Je trouve que là en ce moment, par ces temps un peu tristes, ce serait Mélodimension, un morceau qui est arrivé tout de suite après Voie lactée, le premier morceau que Arthur m’a écrit. C’était la première fois où j’ai fait une mélodie aussi. C’est un cocon, on a envie de s’y retrouver, d’y passer le temps. Et toi Arthur ?

A : Toutes je crois car la réalité n’est pas à sens unique donc je laisse l’ouverture à tous les possibles.

LFB : Vous avez dit dans une interview toujours vouloir conserver un aspect direct et immédiat lors de la réalisation de vos clips. Prendre son temps et recommencer nuirait-il à la façon dont vos émotions seraient retranscrites à l’écran ?

A : On a surtout eu cette sensation au départ car le premier clip que l’on a fait était en pellicule, réalisé par Léo Schrepel, et moi c’était une première fois, on n’avait pas beaucoup de budget, c’était en plan séquence et on avait que trois prises possibles. Ça instaure quelque chose d’assez puissant dans l’instant, tout le monde doit être concentré, il doit y avoir une énergie totale et c’est cette approche qui est intéressante. Même lorsque l’on n’est pas en pellicule, il faut garder cette essence-là du direct, pour ne pas travailler comme avec numérique et refaire les prises quinze fois. Même si c’est un moment simple, il faut saisir ce moment, qu’il soit fort et le tout, assez rapidement. Cet immédiat-là, on aime bien le trouver.

L: Et il se trouve qu’avec Léo on a les mêmes références, c’était assez simple de travailler avec lui.

A : C’est important d’être avec des gens à qui on fait confiance vu que l’on ne voit pas l’image.

L: On est en-auto production aussi, on n’a presque pas de budget, on sait qu’avec lui ça va être à la débrouille, on lui fait confiance pour ça. Par exemple pour Alma Page, on est parti tous les trois avec Edouard, un ami d’Arthur qui nous a aidé, et ça a vraiment été fait comme ça, dans la forêt, tout simplement.

A : Le dernier qu’on a fait c’est avec Théo Frémont, un ami de longue date. On est parti trois jours en Bretagne avec lui, on lui a fait confiance, on a senti tout de suite que tout allait bien se passer. Mais on a dû tout réécrire la veille car on voulait faire des plans séquences mais on s’est rendu compte qu’à trois ce n’était pas possible de tout bien orchestrer. C’était en bord de mer en plus, il faisait très froid, du genre moins sept degrés…

L : Moins quinze plutôt ! (rires)

A : On a dû tout revoir tout en gardant un fil conducteur car il faut quand même qu’il y ait une narration qui raconte quelque chose même si ce n’est pas explicite. C’est important pour nous qu’il y ait un fond, un minimum.

LFB : J’ai pu lire que l’on vous considérait comme les Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot des temps modernes. À leur façon, qui tient alors le rôle de muse au sein de votre projet ?

L : Il n’y a pas vraiment de muse, il n’y a pas ce rapport, on se respecte beaucoup l’un et l’autre. On arrive à s’inspirer ensemble, il me laisse toute la place dont j’ai besoin et j’en fais autant, c’est très respectueux, très fort et il y a une grande amitié à travers ça. Arthur m’a toujours laissé la parole, c’est lui qui m’a poussé au début car je ne pensais pas être capable de faire des mélodies.

A : Pour les paroles, c’est en pensant à l’autre qu’on trouve des choses qui donnent envie d’écrire sur un sujet. C’est de l’inspiration en ping-pong.

Soleil Bleu portrait

LFB : Vous affirmez avoir une fascination pour la musique et les films des décennies passées, fascination que vous retranscrivez à merveille dans vos clips et morceaux. Mais que pensez-vous de l’offre musicale actuelle ? Est-ce qu’elle vous inspire ?

A : J’aime beaucoup la scène parallèle, plus rock psyché, underground, ceux qui sont en auto-production comme King Gizzard & The Lizard Wizard, Timber Timbre etc. ils me touchent plus car il y a un côté assez direct, il n’y a pas une image façonnée, le son est personnel, ils apportent quelque chose en musique comme Tame Impala ou King Krule ont pu le faire. J’aime bien quand il y a de l’immédiat et pas de frontière entre eux et leurs besoins de partager et de composer. Dans la scène actuelle, j’aime beaucoup Flavien Berger et Sébastien Tellier même si la scène française actuelle, ce n’est pas la première chose que je vais écouter.

LFB : Quitte à mêler ces deux passions, aimeriez-vous un jour composer la BO d’un film ? Si oui, qui serait alors le réalisateur espéré ?

L: On adorerait !

A : Oh oui ! C’est notre rêve, un but. Je fais beaucoup de musique à l’image aussi donc si on peut faire ça ensemble, ce serait un honneur. On aimerait travailler pour Leos Carax, ce serait pas mal (rires) même Christophe Honoré car il fait beaucoup de films en musique donc si on pouvait apporter notre couleur, ce serait incroyable.

L : On aimerait bien réaliser un court métrage aussi avec un morceau de dix minutes, affaire à suivre !

LFB : Et enfin, avez-vous des coups de cœur à partager avec nous ?

A : En ce moment, je lis Moby Dick car ça faisait un moment que j’avais besoin de lire un roman, ce n’était pas arrivé depuis Belle du seigneur d’Albert Cohen. Moby Dick c’est vraiment sur la psyché quand même, c’est une recherche de ce graal, on rencontre beaucoup de personnages qui sont opposés et qui se retrouvent, qui sont tous complémentaires. Je découvre, on n’est pas encore à la baleine mais ça va arriver. (rires)

L : J’adore les musiques de film comme celles de Michel Legrand ou Ennio Morricone car à chaque fois que j’écoute ça, ça me transporte. Je me rappelle le film ou je m’imagine une histoire. J’aime beaucoup John Fante en littérature, lorsque l’écriture est directe comme Bukowski également. Qu’est-ce qu’on pourrait citer en femmes maintenant ? Je veux de la femme ! (rires)

A : Ah mais si, bien sûr ! Dora Maar ! C’est une artiste que j’ai découverte dans le journal Le 1, c’était une ancienne compagne de Man Ray. J’adore ce qu’elle fait, ça touche au réalisme, au noir et blanc, j’adore !

© Crédit photos : Lucie T.

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