Rencontre rose fluo avec Irène Drésel

De passage au Krakatoa a Bordeaux, nous avons rencontré Irène Drésel pour un bel échange sur la musique, le cinéma et la peinture. Nous en avons profité pour prolonger ce moment avec quelques clichés en loges, avant d’assister à un concert punchy mêlant beaux tableaux et scènes fleuries sur fond de techno en haute voltige et en couleurs.

« Je dis souvent que je fais de la musique comme je fais de la peinture »

Irène Drésel

La Face B : Irène, c’est beau comme prénom

Irène Drésel : Merci ! Ça veut dire la paix en grec.

La Face B : Il y a presque un an jour pour jour, tu gagnais le César de la Meilleure Musique Originale! Première et seule femme à gagner ce prix à ce jour!

Irène Drésel : Toute la journée, j’y pensais….  Tout à l’heure, je regardais les heures. Il était 16h. L’année dernière j’étais en train de me faire maquiller. Là, il est 19h 25 et j’étais dans le hall de l’Olympia.

La Face B : Est-ce qu’après ce César, cela t’a permis d’explorer encore plus l’univers de la musique de film et de télé ou c’était juste une expérience unique sur le projet qui collait parfaitement?

Irène Drésel :  On m’a proposé d’autres choses mais j’ai refusé beaucoup de choses. En France, on a tendance à te cataloguer. On m’a appelé pour des projets pour lesquels on me demandait la même chose. Ce que j’ai fait pour A Plein Temps c’était pour A Plein Temps. Ce n’est pas mon style en fait. J’ai répondu aux intentions d’Eric Gravel, le réalisateur du film qui avait une intention bien précise pour son film. Il voulait une musique typée Années 70 mais sans kick et sans drums. On ressent les percussions mais sans qu’elles soient là. J’ai eu des propositions, je suis sur d’autres projets mais c’est en cours. Voilà. Du coup, toute cette année, j’ai été amenée à être jury sur pas mal de festivals de cinéma. C’est la première fois de ma vie que je vois autant de films en un an.

La Face B : C’est cool ! Justement dans la bande son du film, il y a beaucoup d’intensité – est ce cela faisait partie des souhaits du réalisateur ?

Irène Drésel : Non, il fallait mettre une musique sur le personnage de Julie, interprétée par Laure Calamy. Le film se passe sur 9 jours et c’est l’histoire d’une femme qui court après le temps donc cette musique était là pour rendre les émotions du personnage principal. C’est son fort intérieur, son état psychologique donc c’est une femme qui est extrêmement stressée, qui a une routine quotidienne, une semaine avec des jours qui se suivent et se répètent, et elle court après le temps, épuisée.

La Face B : Après la victoire aux Césars, tu as fait quelques festivals. Est-ce que cette victoire t’a permis de rencontrer un nouveau public qui t’a découverte par le cinéma ?

Irène Drésel : Effectivement, il y a eu ça aussi. Des gens qui, grâce au film, se sont intéressés à la personne qui avait fait la musique.

La Face B : Les festivals sont des lieux propices pour flaner, se ballader et decouvrir de nouveaux artistes et de nouvelles musiques. Que retiens-tu de ta saison de festival 2023 ? Est ce que tu as quelques noms pour 2024 ?

Irène Drésel : Dour en Belgique ! J’ai hâte ! Ce que je retiens de 2023 ?….. J’ai une très mauvaise mémoire. Je confonds les années. J’ai envie de te dire Les Vieilles Charrues mais c’était pas du tout l’année dernière. Qu’est ce qu’on a fait cet été ? J’ai honte !

La Face B : C’est pas grave !

Irène Drésel : Je vais regarder sur mon site Internet. (Elle demande à Boris Vercher – Manager Extraordinaire….) Qu’est ce qu’on a fait de bien l’été dernier ? Un beau festival !

Boris : L’été dernier, on a fait pleins de trucs… On a fait Beauregard

La Face B : Mais c’est un hyper beau festival Beauregard

Boris : On a fait le festival Au Large à Marseille qui était super. On a joué à Sète.

Irène Drésel : Sète c’était magnifique

Boris : Théâtre de la Mer

Irène Drésel : ahhhh Théâtre de la Mer et Nuits de Fourvière. C’était magnifique. Ça y est ça me revient.

Boris : Nuits de Fourvière avec la lune rousse dans le fond. Nuits de Fourvière, incroyable. Et La lune rousse de Sète, qui est sortie de la mer !

Irène Drésel : En fait on a joué au Théâtre de la Mer avec la mer derrière nous et pendant qu’on jouait tu avais la Lune qui était en plein centre et qui s’est levée et deux bateaux qui sont venus s’amarrer. C’était magnifique.

La Face B : On va rebondir sur ca ! Tu as une présence scénique forte. Tu bouges, tu as des costumes très fluides, avec des voiles comme Florence Welsh de Florence + the Machine, très étheral, très romantique.

Irène Drésel : Exactement, romantique

La Face B : Y’a toujours du mouvement. La description du tableau que tu viens de faire est très visuelle, telle un tableau. Est-ce que ton apprentissage aux Beaux Arts influence ton identité visuelle ?

Irène Drésel : Oui, dans les détails, tu vois, là j’ai un steamer pour ma tenue, qu’elle soit bien belle j’ai également un accessoire avec des perles ce soir. Pour moi, je dis toujours dans mon projet c’est autant la musique que l’image. C’est 50-50.

La Face B : Ça peut être un tout. Ça peut être une proposition.

Irène Drésel : Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Je dis souvent que je fais de la musique comme je fais de la peinture. Ma manière de composer est assez laborieuse. Je n’ai pas les codes traditionnels. Je n’ai pas la dextérité traditionnelle. Je vois bien quand je vois des tutos, quand je vois les gens faire, ils vont à une vitesse folle. Je fais de la couture.

La Face B : J’ai toujours une question sur la composition : Savoir comment les artistes composent m’intéresse, leurs méthodes, expérimentations, inspirations. Quelle est ta méthode de compo  ou pas ? Est-ce que c’est à l’instinct ? à l’idée ?

Irène Drésel : En fait, je me mets au travail. Je pars d’une page blanche et puis j’ai des VST (plugs ins avec des sons) et je construis avec ça jusqu’à trouver un son qui m’intéresse. Après j’ai un petit dossier qui s’appelle fourre-tout. Si je suis sur un projet et j’ai un son génial qui ne marche pas sur ce projet, je l’enregistre. Et parfois, je vais repêcher des choses que j’aimais et repars d’idées qui sont là dans ce dossier. Parfois je ne repars de rien. Parfois je repars de choses que j’ai recréé dans live.

La Face B : Y’a pas une situation dans le monde, un endroit qui t’inspire?

Irène Drésel : (Non de la tête)

La Face B : Donc c’est vraiment, tu t’assois, tu travailles.

Irène Drésel : Ce n’est pas du voyage. Ma musique elle parle des émotions à l’intérieur mais il faut que je sois a la maison. Mon studio c’est une ancienne établé, tout petit. Il faut que j’aie du thé, un peu de chocolat, j’aime bien. Il faut que je n’aie rien en cours, J’aime vraiment être disponible pour ça.

La Face B : Quelles sont tes influences, hors électro ?

Irène Drésel : La musique Thaïlandaise.

La Face B : ….

Irène Drésel : (Rires) oui je sais c’est bizarre. J’adore la musique thaïlandaise des années 70, la musique du Cambodge, la musique Indienne aussi Bollywood.

La Face B : C’est très spécifique.

Irène Drésel : En fait j’adore les voix de femmes très aiguës. Ça m’emporte. J’adore. Dans ma voiture j’ai un CD de BO Bollywood. Et je connais toutes les chansons par cœur. On sent qu’ils parlent d’amour. Parfois, tu as l’homme qui répond. Ce sont des dialogues, des situations de séduction. Y’a une chanson thaïlandaise que j’adore : c’est l’histoire d’une vendeuse de papaye et elle travaille dans une station-service. Elle vend ses papayes et puis elle attend son client préféré et puis il ne vient pas. Et elle se doute qu’il ne viendra jamais. Elle est triste, elle pleure, et elle dit « Il a dû trouver une autre vendeuse de papaye ». Et la chanson est trop belle. Tu sens vraiment la moiteur de la Thaïlande. J’adore la Thaïlande. J’adore ces chansons-là.

La Face B : Je ne m’attendais pas du tout à ça.

Irène Drésel : Après j’adore la Calas.

La Face B : C’est une belle réponse.

Irène Drésel : J’écoute peu de techno car il y a des morceaux que j’adore. J’aime des vieux trucs des années 2000. Aujourd’hui, y’a pas grand-chose qui m’excite beaucoup en techno.

La Face B : Est-ce que tu peux me parler de la Genèse de Rose Fluo ?

Irène Drésel : C’est ma couleur favorite et le titre m’est venu il y a déjà deux ans. Rien à voir avec le phénomène Barbie. C’était bien avant.

La Face B :  En quoi ce titre d’album encapsule tous les morceaux de l’album ?

Irène Drésel : Il y a un contraste entre le rose, la tendresse et le punchy du fluo. Cet album démarre avec le titre Fluo qui dure 9 minutes et qui est punchy.

La Face B :  Quels sont les projets pour 2024 ?

Irène Drésel : Il y a déjà un Olympia en mai et c’est déjà un gros projet. Y’a un rosier qui va sortir à mon nom : Une belle rose blanche de la taille de la main avec de belles nervures roses. J’espère qu’on va pouvoir faire le baptême du rosier à l’Olympia justement. Cette collaboration est avec un rosiériste de ma région.

La Face B :  Est-ce qu’il y a des films qui t’animent en 2024 ?

Irène Drésel : Le successeur de Xavier Legrand que j’ai adoré. Y’a un autre film qui s’appelle Sweet Dreams de la réalisatrice hollandaise Ena Sendijarević, très belle esthétique, magnifique, qui était au Festival des Arcs. Y’a aussi l’expo « Visions Chamaniques au Musée du Quai Branly.

La Face B :  Dernière question, pour quelqu’un qui écoute Irène Drésel mais n’est jamais venu a un de tes concerts, a quoi peut-on s’attendre ? Comment tu décrirais un de tes concerts ?

Irène Drésel : C’est une espèce de voyage captivant. C’est un monde frontal. Ce n’est pas atmosphérique.

Merci beaucoup Irène Drésel !

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