Pas Grand Chose – Les songes juvéniles de Ian Caulfield

Une fois les portes de l’enfance et l’adolescence dépassées, celle de l’âge adulte semble quant à elle difficile à franchir. Une porte menant à l’entrée d’une voie semée d’embûches, trop souvent jonchée de désillusions, déceptions et difficultés sans fins et une étape de la vie qui semble avoir en sa possession l’ultime pouvoir de nous rendre maladroit face à tant de mésaventures futures. Pourtant on la franchit car la curiosité et l’audace sont des qualités communes chez chacun de nous. Puis le temps défile et on se surprend un beau matin, nostalgique voire mélancolique de l’enfance et son innocence. Nos rêves et nos aspirations se confondent avec des histoires sombres et c’est ainsi qu’on remet en doute le sens de sa propre existence, tourmenté par les regrets de ne pas avoir pu rendre ce temps passé éternel. C’est d’ailleurs l’histoire que nous conte Ian Caulfield avec son nouveau morceau intitulé Pas Grand Chose, un morceau empli de sensibilité et d’une justesse incomparable. La recette idéale pour gagner à tous les coups.

Inutile de jouer à notre tour sur les mots puisque tout ce que ce titre nous dévoile n’est en rien infime mais plutôt infini. Tout d’abord Ian Caulfield c’est un univers, une signature, une image. Derrière la musique, il y a tout un monde qui se dresse à ses côtés et qu’il nous dévoile enfin avec une hâte toute particulière. Et quelle joie de découvrir ce qui constitue son être, son quotidien mais surtout son imaginaire. Avec Pas Grand Chose, l’artiste rémois dresse le portrait de celui qui ne veut pas quitter le doux monde de l’onirisme enfantin où tout n’est qu’utopie, le bonheur inestimable et les possibilités infinies. Cette cabane perdue au fond d’un bois, repaire du jeune homme en question, constitue l’abri adéquat face aux tumultes de l’extérieur, de l’âge adulte, ses responsabilités et sa réalité amère. Dans son monde, ses chimères constituent certainement ce qu’il a de plus rassurant et les quelques esquisses qui couvrent les murs de cette cabane, dressent un idéal de vie mais un idéal très vite rattrapé par une réalité plus imposante, plus forte et ce, indépendamment de sa volonté. Car il s’avère que les rêves sont finalement tout aussi instables que cette cabane qu’il est obligé de fuir tant la réalité tient à cœur son rôle d’aimant. Le voilà alors projeté hors de tout confort, sans sa carapace, obligé de supporter la réalité abrupte et les étranges créatures qui l’anime. Une réalité personnifiée sous l’image d’un loup terrifiant, créant peut-être même un effet miroir de son véritable reflet qu’il ne peut supporter mais qu’il parvient malgré tout à confronter avec brio.

Une histoire rattachée à des visuels réalisés avec talent par Nicolas Garrier qui aura réussi à dépeindre avec excellence cet univers fantasmagorique, à mi-chemin entre l’obscurité et la lumière, la peur et l’ardeur, les aspirations et ses chutes, un univers où chaque élément semble se confondre de manière abusive. A cela s’y ajoute des sonorités pop donnant lieu à un morceau au refrain entêtant et à la rythmique entraînante. Sans parler de l’écho des chœurs juvéniles pour lesquels on serait presque amenés à parier qu’ils sont un clin d’œil au majestueux et considérable travail du compositeur de renom Danny Elfman tant ces voix sont une allusion plus qu’évidente aux principales œuvres de ce dernier (hello Sleepy Hollow & Edward aux Mains d’Argent).

Il y a dans ce que nous propose les artistes, toujours un sentiment de familiarité à travers les mots ou la musique et c’est ce qui fait que l’auditeur et être hypersensible avant tout, adhère avec aisance à ces univers tous aussi distincts les uns des autres. Ainsi sur son fil de funambule, Ian Caulfield aura réussi à combiner avec rigueur tous les éléments nécessaires pour capter les esprits, même les plus fuyants afin de tenir en haleine son public et lui donner envie d’en connaître davantage dans les mois à venir. Alors avec lui on franchit cette porte, on ouvre grand les yeux et les oreilles et puis on accepte, on ose, on se dépasse puis on affronte. On accepte que la réalité – notre réalité, est ce qu’elle est et on joue avec, on la transforme et on l’aime (ou non) avec ou sans regret, mélancolie et nostalgie. Avec Pas Grand Chose, l’artiste aura su nous apprivoiser et on s’impatiente déjà de lire les prochaines lignes des chapitres qu’il se garde de nous conter après cette belle entrée en matière qu’on se plaît à aimer et interpréter sous tous ses angles.

Retrouvez Ian Caulfield en première partie de Videoclub le 25 janvier à la Maroquinerie.

© Crédit : Sarah Yarmond, à suivre ici et.