Order 89 : « La composition de l’album était comme un cadavre exquis. »

Alors que les concerts font leur grand retour, Order 89 organise ce soir leur release party à La Dame de Canton. L’occasion de revenir avec eux sur la création de leur dernier album L’été des Corbeaux.

LFB : Salut Order 89, comment allez-vous ?

O89 : Ca va et toi ?

LFB : Très bien ! merci. Mais au fait, qui êtes-vous ?

O89 : On est un groupe de rock parisiano-marseillais-bordelais, en bref, cosmopolite. Il y a Jordi, Eliott, Flavien et Luce.

LFB : Pourquoi avoir choisi ce nom de projet ?

O89 : Au début, c’était un duo techno qui s’appelait 0-89 : 89 en référence à la date de naissance de Jordi et Flavien qui composaient le projet d’origine. Au fur et à mesure, on est devenu un groupe alors on a transformé le zéro en « o » pour Order pour « Out of Order ».

LFB : C’est un nom qui fait sens puisque l’Ordre rappelle au groupe, ou même quand on pense à votre identité proche du gothique, on pourrait penser au Moyen-âge et aux ordres de chevaliers. Même les paroles vont dans ce sens. Est-ce que lorsque vous écrivez, vous pensez à cet aspect fédérateur ?

089 : C’est quelque chose d’instinctif, hors de contrôle. Jordi écrit les textes avec un ami : lui, souvent le second couplet et Jordi, le premier; ou inversement. On écrit à quatre mains donc on ne réfléchit pas au sens. L’écriture est primaire, brute, instinctive. Pourtant, au final c’est vrai qu’il y a naturellement un message fédérateur, sans être voulu au départ.

LFB : Même dans l’identité graphique, il y a quelque chose de très uni. Par exemple, avec un quatuor de corbeaux sur la pochette d’album. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur ce choix ?

O89 : On a d’autres membres qui entourent le projet, dont Layla qui s’occupe de la direction artistique : nos visuels, notre identité. Pour cet album-là, on lui a seulement donné le titre et les morceaux : elle avait carte blanche. Simplement, on ne voulait pas apparaître, ni que le nom du groupe soit en gros, que ce soit subtil. C’est comme si elle était parvenue à prendre en photo ce qu’il y avait dans nos têtes.

LFB : C’est votre deuxième album, comment l’avez-vous abordé par rapport au premier ?

O89 : Il nous est un peu tombé des mains. Même s’il a été composé pendant le confinement et que ça a été compliqué, d’autant plus pour un jeune groupe. Entre temps, on avait même fait des covers, mais ça nous a vite soûler. On voulait préparer quelques morceaux sans projeter de faire un album, mais il est arrivé naturellement.

LFB : Est-ce que ça a été compliqué de devoir travailler, enregistrer, jouer, à distance avec le confinement ?

O89 : C’était un nouvelle approche ! On a réussi à prendre le pli en trouvant une dynamique efficace. Au début, on ne savait pas de quoi partir mais très vite on a compris que ça partait plus facilement de la basse et des paroles. Puis, on retravaillait les morceaux en se portant sur cette base.

LFB : Un peu comme un puzzle.

O89 : Le premier album a été construit en répétitions. Alors que là, on devait tout réapprendre. Il y avait aussi un côté cadavre exquis : on reçoit une chose sur laquelle on travaille sans que les autres ne puissent l’entendre. A la fin, on affine en échangeant énormément. En soi, c’est tellement simple de faire un studio chez soi que le médium n’est pas le problème. C’est surtout le contenu : s’interroger sur ce qu’on a à dire.

LFB : Pour le titre « L’Eté des corbeaux » pourquoi ce choix ?

O89 : On trouvait intéressant d’associer les corbeaux qui ont une réputation très négative avec l’été qui est plus chaleureux, solaire. On s’est renseigné sur la représentation des corbeaux dans la culture nordique et ce sont des passeurs d’âmes. Alors, c’est un peu comme si les chansons de l’album étaient des âmes qui passaient d’un point a à un point b.

LFB : Pour étirer un peu l’idée, même en étant artiste on se fait passeur d’histoires et d’émotions. Et pour cela vous êtes passé par un travail du son, par exemple avec des bruitages. Est-ce que vous avez pris plus de libertés pour faire cet album ?

O89 : On a produit nous même cet album, en se fixant la seule limite de notre imagination. On a essayé de se lâcher, alors que sur le premier album on s’était un peu bridé nous-même.

LFB : Dès qu’on entend les premières chansons, il y a une identité qui se crée. On sait déjà que c’est vous. Est-ce que vous travailler cet aspect justement ?

O89 : Non, c’est naturel. On se retrouve tous autours de la new wave mais on a aussi des influences de la techno, de la cold wave ou encore de la psyché. La new wave s’est imposée avec le matos qu’on a pour travailler, c’est-à-dire la boîte à rythmes. Maintenant on a trouvé et réglé nos effets, nos pédales : notre son. Il y a un côté brut et instinctif dans la démarche. Mais après rien n’est définitif, il y a des morceaux qui peuvent changer au dernier moment., quasiment la veille de l’envoi en mastering. Même en live, c’est rare qu’on joue deux fois exactement le même morceau. On brode sans arrêt sur le morceau de base. Par exemple, on nous demande souvent si on a pas accéléré ou ralenti certains morceaux du disque Bleu Acier.

LFB : Avant de se quitter qu’est-ce qu’on peut vous souhaitez ?

O89 : Que notre album puisse être bien accueilli et qu’on puisse surtout le défendre sur scène. Car on a pu faire que trois concerts pour le dernier.

Retrouver la chronique de l’album L’Eté des Corbeaux, avant de l’écouter juste ici :

Ecoutez Bleu Acier, le premier disque d’O89