Les clips de la semaine #7

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont à la fois fait vibrer ses yeux et trembler ses oreilles. Ce dimanche, on se retrouve pour un septième rendez-vous.

Ebony Frainteso – One

Attention, s’il y a bien un nom à retenir en ce début de rentrée musicale, il s’agit de celui d’Ebony Frainteso. Une nouvelle petite pépite anglaise qui nous régale par sa soul et RnB, délicieusement assimilable à la voix d’Adele, le tout sur un flow à la Alicia Keys et Jorja Smith. La jeune artiste dévoile ici son troisième clip et titre, One : une vidéo tout en douceur et délicate qui illustre la vague d’émotions que procurent les premiers instants de maternité. L’artiste sortira son premier EP ce 1er novembre : TheReclaim. Ebony Frainteso, du haut de sa vingtaine d’années, a déjà tout d’une grande queen de la soul et il nous tarde de la découvrir au MaMA Festival à La Boule Noire le 18 octobre.

Kid Francescoli – Alive feat. Nassee

Nouvel album, Lovers, à venir en début d’année 2020, nouvelle tournée qui ira avec, mais d’ici là Kid Francescoli nous présente son nouveau clip. Alive, en collaboration avec Nassee, est le second extrait de cet album à nous être dévoilé, quelques temps après Eu Quero mais qui lui n’avait pas eu la chance d’être décliné en vidéo. À la réalisation, Morgan Prêleur nous emmène sur la route des vacances, à l’heure où la Toussaint arrive déjà à grands pas, pour une bouffée solaire et un retour en adolescence. Si le texte du morceau est plutôt sombre, l’ambiance est ici beaucoup plus estivale et l’on découvre deux protagonistes, que l’on va voir se rapprocher peu à peu lors de tableaux alternant des plans tantôt très simples, tantôt très contemplatifs. Les visions et fantasmes se dévoilent peu à peu, non sans une certaine ambiguïté dont on ne vous dira volontairement pas tout. En parallèle de la sortie de ce clip, Kid Francescoli a annoncé la première date de sa tournée à venir, qui passera le 26 mars prochain par la Cigale.

Iñigo Montoya – MDTG

« Bonjour! Je m’appelle Inigo Montoya. Tu as tué mon père. Prépare toi à mourir. » Ah non excusez-nous, nous nous sommes trompés, ici nous parlons musique et c’est donc vers un autre Iñigo Montoya que nous nous dirigeons. Même si avec MDTG, premier extrait de InigEp03 à paraître en novembre, la mort n’est pas vraiment loin non plus. Brutal, virulent et intense, le nouveau titre du duo français frappe fort et bien avec ses rythmiques martiales et ses punchlines vengeresses. Plus qu’un simple constat sans opinion sur le monde actuel, c’est un titre qui appelle à la résistance et ne pas se résoudre à ce qu’on finit par trouver normal. Le clip animé de ZEUGL traduit ces idées, avec un personnage, sorte de Jiminy Cricket maléfique qui oscille entre le rouge et le vert, le doigt bien levé en l’air pour nous présenter les aberrations humaines d’un monde qu’on détruit à petit feu. Surconsommation, déforestation, pollution, nucléaire, tout y passe pour mener vers l’inévitable : l’Apocalypse. « Désabusé mais sors toi les doigts » nous incombe Iñigo Montoya. Il serait sans doute temps parce qu’au final, on n’est pas préparé à mourir.

Corde – Concorde I

Le projet Corde est né d’un duo d’hyperactifs musicaux Lillois. Maxime Szczepanek et Nîm multiplient les projets musicaux (Polyandres, Tim Fromont Placenti…) ou liés à la musique (management pour l’un, mastering pour l’autre), ensemble ou séparément, et collaborent aujourd’hui pour nous proposer le deuxième extrait de leur EP Concorde à paraître le 25 octobre prochain. Leur musique s’approche d’une post-folk teintée de trip-hop. Certaines de leurs sonorités nous évoquent un mélange entre Cabaret Contemporain et Chapelier Fou. Après Elvis has left the Building en mai, c’est aujourd’hui Concorde I qui nous est présenté, accompagné d’un clip. Si l’EP se veut être un conte, narrant l’évolution d’un personnage au gré de ses craintes, ce chapitre aborde la fatalité et le caractère implacable et inévitable de certaines forces du destin. Si la réalisation est simple et l’œuvre courte, elle dégage une intensité qui s’aligne parfaitement à la sophistication instrumentale et ses évolutions. Parfois dérangeant, le clip donne néanmoins l’envie de lire les autres chapitres du livre, ou plutôt de les écouter. 

Scylla et Sofiane Pamart feat. RIVE – Sauvage

Scylla s’associe à nouveau avec le pianiste Sofiane Pamart mais aussi avec le duo belge RIVE. L’association des trois donne naissance à Sauvage, un morceau aussi doux que de la barbe à papa en fête foraine. Les notes de piano de Sofiane Pamart viennent radoucir le côté brut du rappeur Scylla et sublime également la douce voix de RIVE. Tourné à Madagascar, le clip est lui aussi rempli de douceur, perdu sur un voilier et entouré d’orques, les vagues s’écrasent sur le bateau avec la même délicatesse que les mains de Sofiane Pamart sur son piano. La solitude est omniprésente dans le clip où l’on retrouve chacun des artistes seul dans la nature malgache.

Nicolas Godin – The Border

Direction l’espace avec le retour de Nicolas Godin. Quatre ans après son dernier projet, la moitié de Air revient avec The Border, premier extrait d’un album prévu pour 2020. On retrouve bien tout ce qui fait la force de la musique de Godin, ses synthés planants, cette basse directrice et ce traitement sur les voix du plus bel effet. Le résultat nous donne un morceau aérien et ouateux, qui grandit lentement pour nous emmener de plus en plus vers les étoiles, le côté spatial se faisant de plus en plus présent au fur et à mesure que le morceau se dévoile. La vidéo d’Alden Volney qui accompagne le titre se joue des frontières et nous emmène dans un monde planant où tout se mélange, l’humain comme les lumières, les trous noirs et l’architectures, le concret et le rêvé, l’apesanteur et le solide, pour un résultat esthétique bluffant et prenant.

SEIN – ULTRA

SEIN, c’est une des sensations parisiennes à la croisée des styles : influencés par divers genre musical, ils ont décidé de mettre le tout dans un shaker pour obtenir la recette SEIN. Recette basée sur un flow assez rap et des instrumentales plus électro, mélangeant des sonorités de tout type. Toujours à la recherche d’un visuel agréable et original, le duo ne s’est pas trahi avec le clip de ULTRA puisqu’ils se sont associés avec Mustashrik Mahbub pour un résultat bluffant où se mélangent dessins et animations 3D, le clip étant animé en rythme avec l’ambiance du morceau. La créativité de SEIN n’est donc plus à remettre en question, ils arrivent toujours à surprendre le public. Le duo sera à retrouver la semaine prochaine au MaMA Festival.

Laure Briard – Wonder / Wander

Au début de l’année, Laure Briard nous a proposé de vivre avec Un Peu Plus D’amour S’il Vous Plait. Depuis, on s’est efforcé de mener notre vie en gardant en tête ce mantra doux et bienveillant. Aujourd’hui la toulousaine revient avec une nouvelle vidéo pour la douce Wonder / Wander, ballade mélancolique qui navigue entre le français et l’anglais. Le titre propose une échappée, un voyage vers l’ailleurs et c’est ce que propose la vidéo qu’elle co-réalise avec une autre toulousaine, Norma. Les aventures des deux femmes nous amènent donc en Algérie où Laure Briard a compilé des souvenirs visuels d’un voyage à Tamanrasset auxquels se juxtaposent des images filmées par Norma dans le 19ème arrondissement. Le résultat est à l’image du titre, doux et poétique, nous offrant des envies d’ailleurs, la tête portée vers les nuages.

Le Règlement feat. Lycos – Panoramix Drank

Cela fait maintenant 3 ans que la chaine YouTube du Règlement explique, théorise, donne son avis sur le monde du rap. Avec un humeur bien à lui et surtout une pertinence qui fait mouche, il est vite apprécié par le public qui le soutient dans ses projets. Anonyme, beaucoup de personnes pensent que derrière cette chaîne, se cache Lujipeka du groupe Columbine. Le youtubeur a décidé de s’allier à Lycos pour le très décalé Panoramix Drank, réalisé en animation, le clip regorge d’humour et de références à la pop culture. Ambiance jeux vidéo complétement décalée, le youtubeur nous montre une fois encore tout son second degré.

Bolivard – Réalité

Si vous suivez un petit peu l’actualité, vous avez sans doute vu que cette semaine le sublime Joker est sorti au cinéma. On ne vous racontera pas le film, allez le voir sérieusement, mais un parallèle intéressant était à faire avec Réalité, le nouveau titre de Bolivard. Si le bonhomme maîtrise avec toujours autant d’aisance l’humour et le gimmick musical qui tue pour nous offrir un nouveau titre au rythme fou, le morceau présente une idée bien plus sombre, puisqu’on peut y voir le combat d’un homme contre la dépression et les pensées noires qui l’agitent. Il y a comme toujours avec ce genre de titre un malaise parfait qui nous habite, entre l’envie absolue de danser et la réalité (tiens tiens) qui vient frapper à notre porte quand on prend en compte le message qui transparaît du morceau. Cette idée, cette confrontation, Bolivard la met donc aussi en scène dans la vidéo qu’il réalisée pour accompagner Réalité. Ici, on le voit en face à face avec sa part sombre, son démon personnel au regard bien flippant, qui le torture pour le mettre face aux idées les plus dérangeantes qui lui viennent en tête.

Geeeko – Fuckd Up / Fendi

Il est maintenant répandu dans le milieu du rap de sortir des sons comprenant deux morceaux, c’est ce qu’a fait la nouvelle perle belge de chez Sony : Geeeko. Qui dit double morceau dit aussi double clip. Fuckd Up, première partie du visuel, est remplie de couleurs chaudes mais comporte aussi une part plus sombre. Le clip met en scène le rappeur dans une relation qu’on peut qualifier de compliquée, sujet qui peut sembler banal mais que la production a réussi à rendre beaucoup plus originale. La deuxième partie, nommée Fendi, est elle aussi constituée de couleurs chaudes, ce qui donne vraiment une touche assez unique à Geeeko dans ses clips.

El Ayacha – Either

Sortez les guitares et les pots de peintures, El Ayacha arrive ! Pierre Dennebouy de son nom au civil revient aujourd’hui avec Either, titre rock revigorant et premier extrait de son nouvel EP Either / so slow à paraître le 25 octobre. Ici, le rythme explose sur les refrains où les guitares explosent et nous ramènent vers une certaine idée du rock tout droit sorti des 90’s. Le titre parle d’amour à sens unique, de mélancolie des sentiments et d’occasions manquées. Comme un remède à ces sentiments qui trop souvent nous pèsent, Renaud Jaillette et Pierre Dennebouy nous invitent dans le clip qui accompagne le titre à voir la vie en couleur puisque c’est une véritable attaque de peintures qui s’abattent sur El Ayacha afin de mettre du bleu, du rouge et du jaune sur son gris. Comme quoi parfois les idées les plus simples sont les plus réussies et les plus explicites.

Ali Danel – Sur mon île

On parlait de fin du monde tout à l’heure, Ali Danel revient aujourd’hui avec son nouveau morceau Sur mon île, qui donne son titre à son nouvel album sorti vendredi. Le morceau est une invitation à l’évasion, bercée par le chant des oiseaux qui disparaîtront bientôt. Quelques semaines après nous avoir dévoilé La Couleur De L’eau, le garçon continue de développer sa douce ironie, entre tendresse et propos mélancolique, la guitare au bout des doigts et poésie au creux de la main, nous invitant aujourd’hui sur son île en plastique. Cette île c’est la nôtre aussi, celle de nos déchets qui finissent à la mer et qui ont fini par créer un amas impressionnant qui stagne au cœur de l’océan. Le message est aussi doux qu’il est alarmant, là aussi la fin du monde n’est jamais loin et la vidéo homemade qui alterne images de documentaires et pub poussant à la consommation est là pour montrer cet état d’ambivalence où l’on finit toujours par détruire la terre qui nous nourrit.