Les clips de la semaine #32 – partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont à la fois fait vibrer ses yeux et trembler ses oreilles. Cette semaine encore, on a décidé de diviser notre sélection en deux parties. Suite et fin avec la seconde partie de cette 32ème édition des clips de la semaine.

Structures – Sorry, I Know It’s Late But…

Mouvoir les corps n’est pas une tache difficile pour le groupe d’Amiens, la preuve est avec leur nouveau single Sorry, I Know It’s Late But…, issu d’un premier album à paraître pour la rentrée intitulé How does it feel ? Avec cette basse post-punk centrale, cette guitare captivante, cette batterie efficace et cette voix rauque inimitable, difficile de décevoir. Un morceau allié à un clip aux allures 80s et signé Yedihael Canat où l’on y voit les quatre joyeux lurons décomplexés, complices et fidèles à l’image qu’ils nous renvoyaient déjà dans leur inclassable et premier EP Long Life. Finalement, Structures nous démontre une nouvelle fois qu’ils tiennent en main tous les éléments clés pour déchaîner les foules avec entrain depuis le jour un. Respect.

(Ndlr : Notre rédacteur en chef, qui a oublié tout devoir de réserve et une bonne partie de son professionnalisme, nous a demandé d’indiquer ceci en gras : STRUCTURES LE SANG.)

The Streets feat. Tame Impala – Call My Phone Thinking I’m Doing Nothing Better

The Streets feat Tame Impala, voilà une collaboration qu’on n’imaginait pas voir paraître de sitôt. Et pourtant, c’est sous cette forme que Mike Skinner a décidé d’annoncer le grand retour de son projet. Avec Call My Phone Thinking I’m Doing Nothing Better, le thème des relations longue distance est au premier plan. On divague alors entre des images du britannique dans une station de ski suisse et de l’australien Kevin Parker à Los Angeles, tout ça en faisant des arrêts auprès de quelques autres figurants du milieu. Thème familier quant au contexte actuel, le téléphone semble être l’unique solution miracle pour continuer à entretenir ces relations quand la promiscuité est prohibée. Un retour en force donc et issu d’une mixtape dans laquelle on retrouvera également les bristolois d’IDLES. On a hâte !

La Jungle – The Knight of the Doom

Le génialissime duo belge, La Jungle met littéralement le feu dans son dernier clip The Knight of the Doom. Réalisé par Fred Labeye, le groupe nous amène en road trip festival sur le plaine de Dour. Boue, bière, copains et musique, tous les ingrédients sont là pour nous rappeler comment passer un bon Dour, un des lieux (avec Le périscope à Lyon) où les captations pour leur prochain album Coucou-Beuh ont été réalisées. Ce live album à paraître le 24 avril nous promet 80min de pure dinguerie pour nous replonger dans les lives d’un des meilleurs groupes à voir sur une scène. Ce duo Punk/rock/noise a l’art et la manière de nous amener dans une violente urgence à sauter et headbanger, on a comme des envies de se laisser posséder par leur musique et tourner autour d’un feu comme on peut le voir dans le clip. 
Certes ce premier clip pour coucou-beuh nous fait patienter, mais on a hâte d’en avoir l’intégralité dans les oreilles. 

Napkey – Where do you go ?

Le duo fétiche de l’électro française a fait un retour tout en allégrese le 17 avril dernier. Napkey a dévoilé son nouveau clip Where do you go. Un clip un peu particulier car il retrace les instants de vie solitaires d’un petit bonhomme, aux allures de martien dessiné par un enfant, accompagné et entraînés par d’autres bonhommes, toujours présents bien qu’inactifs autour de lui. Autant dire que cette vidéo correspond parfaitement au titre, Where do you go, dans lequel le narrateur s’interroge sur la vie que mène son ami quand il n’est pas à ses côtés. Refrain entêtant et paroles simples, musique dansante et clip enfantin, la recette parfaite d’un succès tout en légèreté.



Reyn – Avant que je n’oublie

Un homme et son Steinway & Sons, c’est tout ce qui figure dans ce nouveau clip de Reyn, le discret pianiste hollandais. Ce titre lui fait une place à la lumière. 2 minutes 14 d’une mélancolie, pourtant amenée dans une douceur incomparable. Ce morceau est empli de paradoxes. Avant que je n’oublie, cela laisse comprendre une certaine souffrance, abordée avec un soulagement désarmant dans cette mélodie. La vidéo n’est pas à occulter dans l’écoute, le visuel du piano à queue qui dévoile timidement ses cordes procure un apaisement qui n’est pas à délaisser.


Parcels – Redline / IknowhowIfeel / Elude

On avait laissé le plus Berlinois des groupes Australiens sur une tournée somptueuse, suivant la sortie de leur premier album éponyme, tout en groove et en arrangements vocaux sublimes. C’est donc avec une joie immense que nous avons accueilli le premier extrait de leur session live enregistrée dans la capitale Allemande, et composée d’un medley de trois morceaux. Ils nous offrent ainsi des versions revisitées et réarrangées de leurs morceaux et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on tient là une vraie réussite. On irait même jusqu’à s’avancer et dire que c’est le genre de productions dont on se souviendra dans de nombreuses années, jusqu’à devenir un classique. Il n’y a qu’à écouter la dernière partie et son groove absolument imparable et lire le kiff dans les yeux des musiciens pour s’en convaincre. On vous le dit ici: ce live marquera les esprits.

Macadam Crocodile – To the River

Ils commencent à devenir des habitués du site, il s’agit bien sûr du duo Parisien de Macadam Crocodile. La formation explosive orientée live continue à nous faire danser pendant cette période d’isolement avec leur Confinement Sessions et nous livrent aujourd’hui un nouvel extrait de leur album live à paraître prochainement: To The River. Au programme, un titre un peu plus sombre et solennel qu’à leur habitude, mais diablement envoûtant, à base de synthétiseurs tranchants et hypnotisants. La recette fonctionne cependant aussi bien qu’avec leurs titres plus solaires, on se surprend à taper le rythme du pied et à secouer la tête au milieu du salon. Un bon moyen donc de s’évader du confinement et de se rappeler au bon souvenir de l’époque des concerts serrés les uns contre les autres.

Rivelaine – Memento Mori

Memento Mori, souviens toi que tu vas mourir. Une introduction lourde de sens et pourtant un appel à vivre comme jamais et plein de poésie. Le groupe Rivelaine, issu du bassin minier, passe à l’exercice de la session de confinement et propose une version acoustique de son morceau paru sur son deuxième EP en 2019. Les arrangements sont sublimés par le côté simplifié et on ressent pleinement l’émotion de ce groupe engagé et militant, et pourtant mis en pause forcée. Une pépite permise par un confinement forcé et pour lequel on finit par trouver des raisons de se réjouir grâce à ce genre d’interprétations.

BAASTA! // Tora! Tora! Tora!

Nos régions ont du talent. Issu du bassin minier, BAASTA! nous offre un post punk engagé et engageant qui a pris tout son sens avec la sortie de leur premier opus PAANIC en février. Ils sont revenus cette semaine avec un nouveau clip pour mettre en avant leur titre Tora! Tora! Tora!. Si avant l’écoute on pourrait penser à un hommage au film de Kinji Fukasaku, on réalise bien vite qu’on est plutôt dans une déclaration d’amour à Sea Sheperd tant le duo tire à boulet rouge sur une profession bien définie : ceux qui pratiquent la pèche intensive et déraisonné et qui foute en l’air tout un écosystème pour le plaisir de manger de la baleine. La video qui accompagne le titre, toujours tournée en noir et blanc, transforme BAASTA! en sorte de sirènes guerriers, sous l’eau, parti à l’attaque de tout ce qu’ils dénoncent. Gros son, message engagé et esthétique léchée, Tora! Tora! Tora! est un exemple du genre. A déguster sans modération pour le coup.

Sorry – Perfect

Perfect est le sixième morceau du premier album de Sorry, 924,  sortit il y a peu. Le groupe reste fidèle à ses habitudes et est aux commandes de cette vidéo home-made réalisée par Asha Lorenz et Flo Webb aka Flasha.prod. Filmée avec un iPhone, un stroboscope et de la coloration alimentaire noire pendant le confinement, elle met en scène Asha et Louis O’Bryen dans un bain en pleine obscurité et éclairés par flash, créant une esthétique étrange, sombre et captivante à l’image du morceau. On y voit de l’eau, des tétons et les visages des deux musiciens dont les voix nonchalantes se répondent en répétions entêtantes dans un morceau rythmés par des riffs de guitares et une basse définitivement rock.
La vidéo est accompagnée par l’annonce des nouvelles dates de la tournée Européenne du groupe qui jouerale 2 décembre à Heaven à Londres et le 3 décembre à la Boule Noire à Paris.

Raven Artson – Notice Me

Notice Me est le premier single et la première vidéo de Raven Artson, musicien multi-instrumentiste du sud des Pays Bas basé à Los Angeles, ville où sa pop aérienne s’est rapidement créée un espace à elle dans le milieu pourtant dense. Sa musique pourrait se décrire comme de la dream pop mélancolique. Il la définit lui-même comme du ‘tear dripping auto tune’ («un auto tune à faire couler les larmes »). La chanson explore la possibilité d’une romance avec tous les conflits intérieurs que cela comporte. Il dit de Notice Me : “Le morceau parle de comment je suis tombé amoureux d’une romance fictive. Avec le temps la personne que j’aimais en secret est devenue une amie proche, mettant en danger l’idée d’une romance. J’ai prolongé le moment d’en venir à bout avec la réalité, que je craignais être une histoire d’amour non-mutuelle. Dès que j’ai exprimé ce que j’avais sur le cœur, la réalité s’est confirmée, l’amour a disparu et l’idée a disparue. » Si cet amour a effectivement disparu en réalité, le musicien a su parfaitement fixer ce moment dans le morceau tout en apesanteur à l’énergie solaire et langoureuse.

Pictish Trail – Double Sided

Double Sided le nouveau single de Pictish Trail tiré de l’album Thumb World, sorti il y a peu sur le label indépendant britannique Fire Records, est une balade électro planante questionnant nos rapports aux réseaux sociaux et à la façon dont nous nous en servons pour nous créer des identités dans un monde parallèle. Johnny Lynch, le musicien écossais basé sur l’Île d’Eigg et composant à lui seul Pictish Trail écrit de ce titre : « [Double Sided] parle de l’idée de vivre une vie virtuelle, une sorte de simulation de l‘existence. (…) Cela parle de la façon dont nous présentons différentes versions de nous-même en ligne, comment nous expérimentons avec la façon dont nous souhaitons être perçus par les autres, et comment il y a presque une sorte de détachement de responsabilité de notre comportement. » La vidéo réalisée par John-Mark Lapham est un cyber voyage au graphisme 8 bit, où l’on croise un pouce muni d’un oeil (mascotte de Thumb World) courir sans fin sur un cœur et vice versa avant d’essayer de s’échapper du monde virtuel et de ses obstacles. On se laisse porter par les beats électro et la voix douce et entrainante de « l’ogre pop écossais ». Double Sided est un single « double face » puisqu’il vient avec une face B : Now It’s On, une reprise du groupe culte américain Grandaddy. On aime bien.

Faye Webster – In a Good Way

In A Good Way est le premier single de Faye Webster depuis son album Atlanta Millionaires Club, sorti l’année dernière sur le label Secretly Canadian. C’est un morceau intime et envoutant aux influences Soul et folk que nous offre la jeune musicienne américaine qui l’a écrit peu après avoir fait l’expérience de pleurer de joie pour la première fois. Accompagnée d’une guitare aux notes andalouses, d’un violon et d’un violoncelle posés sur un clavier dreamy, la voix de la chanteuse est épurée et ses paroles sont simples et touchantes : « I didn’t know that I was capable of being happy right now,  But you showed me how, I didn’t know that you were right in front of me, Until I looked out » ( « Je ne savais pas que j’étais capable d’être heureuse là maintenant, Mais tu m’as montré comment, Je ne savais pas que tu étais juste devant moi, Jusqu’à ce que j’y fasse attention ») et nous montre que les gens importants ne sont pas forcément ceux que l’on pense et que parfois ouvrir les yeux sur la/les personnes devant nous peut rendre heureux. Dans sa vidéo, Faye Webster est seule en scène en robe de strass argentée et chante telle une diva avant d’être submergée par une pluie de ballons jaunes grimés de smiley dans lesquels elle tape et donne des coups de pied : les bonheurs simples sont à portée de main.  

Cathédrale – Open Your Eyes

Juste avant la sortie de Houses Are Built The Same le 24 avril, le quatuor toulousain dévoile un troisième extrait de l’album. Sous la houlette de Guillaume Thiburs, des images se défilent et alternent entre des moments figés et des mouvements bénins et répétés créant ainsi un univers simple et vide mais dont l’atmosphère se révèle inquiétante voire angoissante. Comme voulu par le réalisateur, les quelques personnes filmées ne laissent passer aucune émotion et c’est avec coïncidence que ce clip fait écho à la période actuelle de confinement. La fumée à la fin de la vidéo, aussi représentée sur la pochette d’album, est le symbole de l’éphémérité de nos instants de la vie. Et durant ces cinq minutes d’œil témoin dans ce monde d’inanité, les guitares aux sons claires mais rageuses se déchainent pour gagner en tension pour une fin apocalyptique.

Louxor et Malvina Meinier – Sous les toits

Parfois, en faire moins, c’est faire mieux. L’émotion n’a pas besoin de grand chose pour nous atteindre, elle frappe souvent le cœur sans qu’on s’y attende vraiment. Sous les toits de Louxor, en duo avec Malvina Meinier, est de cette race de titre, qui nous font vibrer dès la première écoute, encore plus lorsque leur deux voix se mélangent. Une lente montée électronique dont les BPM suivent les battements de nos coeurs qui accélèrent jusqu’à la folie. On y sent toute la sincérité et la fragilité autant dans la musique que dans l’histoire qu’elle raconte : celle d’un couple qui s’aime mais mal, entre alcool, désirs incontrôlés et requêtes murmurées au vent qui se fracassent sur les murs d’un appartement qui finit par devenir une prison. La caméra de Théo Leroyer devient le témoin de ces émotions, de ces êtres qui finissent par devenir les machines avec lesquels ils habitent sans jamais vraiment se regarder, préférant parler aux miroirs. Un morceau beau et déchirant comme la vie. Et un bonheur n’arrivant jamais seul, Louxor en a aussi profité pour dévoilé La Mort, un second titre lui aussi réalisé en collaboration avec Borussia.

Yung Lean – Violence + Pikachu

Le rappeur suédois est de retour et nous délivre une vidéo dont lui seul à le secret, on le retrouve dans un bâtiment désaffecté, il ne nous offre non pas un mais deux morceaux dans une clip ou il nous démontre un peu plus son univers sombre et sa gestuelle nonchalante. Seul dans les décombres. Il nous rappe son texte et accapare la caméra de son regard perçant, la vidéo a été réalisée par Marcus Soderlünd et Yung Lean lui même. Son prochain disque Starz arrive bientôt et autant dire qu’on a hâte d’en entendre plus de la part de cet artiste si spécial.

Tom Misch & Yussef Dayes – Nightrider (Feat. Freddie Gibbs)

Vous connaissez la simpsonwave ? C’est une tendance qui consiste à prendre des images de la série animée des simpsons, et de les voir flâner sur des airs très aériens et teintée d’une douce mélancolie, la vidéo la plus connue étant celle de Bart et ses potes roulant en voiture sous un coucher de soleil, l’ai bien détendus. Pas de Simpson ici mais on retrouve Tom Misch et Yussef Dayes à l’avant d’une décapotable avec à l’arrière l’excellent Freddie Gibbs. Un clip et un son parfaits pour se laisser aller, profiter d’un bon coucher de soleil et rouler jusqu’à l’infini sur l’autoroute des rêves. la vibe est incroyable, on ne demande qu’à être le quatrième passager de cette voiture. Freddie Gibbs vient poser son couplet sur la musique toujours plus délicate et précise des deux zigottos à l’avant du véhicule, un beau dernier extrait avant la sortie de leur album What Kinda Music qui sortira vendredi prochain.

Dogs for friends – Sorry, I Quit

Les quatres angevins nous avaient manqué, ils nous offrent aujourd’hui un clip collaboratif du premier titre depuis la sortie de leur premier EP Fatboy. C’est encore un titre empli d’émotions et le clip confirme cette tendance, avec la contribution de plusieurs personnes qui se sont filmées en train de s’en aller, de partir, d’abandonner leur responsabilités, “Sorry, I Quit”. On retrouve des contributions bien diverses, parfois drôles, parfois touchantes, et évidemment la présence de nombreux chiens, animal totem du groupe, on clôture d’ailleurs la vidéo avec un chien craintif mais curieux, on sent toute la détresse dans son regard. Que ce soit en trottinette ou en courant, tous les moyens sont bons pour prendre la fuite, on ne sait pas vers où vont toutes ces personnes mais probablement vers des horizons meilleurs, c’est d’ailleurs ce vent d’espoir qu’insuffle la mélodie dans nos coeurs.