Les clips de la semaine #116 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de la sélection numéro 116 des clips de la semaine.

Fontanarosa – OH ID

Cette semaine, le quatuor lyonnais Fontanarosa a sorti OH ID, extrait prometteur de leur premier album,Are You There ?,qui sortira le 18 Mars prochain. Il y a deux ans, Fontanarosa avait publié quelques morceaux bruts d’énergie, un EP ultra-efficace qui nous a rendu impatient pour la suite. Paul Verwaerde et ses acolytesont choisi de travailler avec Documavision pour poser des images sur cette chanson assez solaire. Le clip, absolument rétro-futuriste, est inspiré du TV Rodin de Nam June Paik.

Les deux pieds dans l’Art Vidéo, le résultat est hypnotique autant qu’immersif. On sent déjà que Are You There sera un poil plus effilé que ce qu’avait proposé le groupe par le passé. Il nous tarde de pouvoir célébrer l’arrivée du printemps avec ce qui sera, à coup sûr, un bon disque à faire tourner devant la naissance des premières fleurs de l’année.

IDLES – CRAWL!

IDLES continue de promouvoir le très disruptif album Crawler en lançant à pleine vitesse le son le plus punchy de l’album. CRAWL! est le résultat brutal d’un mash up de tout l’ADN du groupe. Un rythme martial, des déclamations brutales, des explosions de désespoir ponctuées d’insultes bien senties. On suit Joe Talbot dans un road trip en moto dans une animation en stop motion. Les traumatisés de la pâte à modeler risquent d’apprécier le voyage. Le corps exposé à la vitesse, la peau se tuméfie avant de laisser peu à peu place à des lambeaux de chair. Sous nos yeux dégoûtés, le Easy rider se transforme en Ghost rider suintant. Une manière comme une autre d’illustrer que pour Joe, vivre sa vie à 100 à l’heure ne peut mener qu’à une seule destination : le tombeau.  

Sunflower Bean – Who Put You Up To This?

Le groupe New Yorkais Sunflower Bean propose aujourd’hui un titre sexy à tomber. Des sonorités dream pop célestes à la Beach House infusées de sons plus urbain tel que Okayceci pour un mix qui dégage une grâce et une élégance absolue. Une pointe de drama semble s’insinuer dans le morceau alors que les choeurs en échos et que les solos de guitares nous tendent vers la chute. On ne peut tomber que si l’on est haut, et c’est un rêve brisé que le groupe décide de nous raconter, à coup de valises pleines de billets et d’une vie pleine de promesses. Comme dans tout bon polar, un to be continued annonce un rebondissement de taille…  

Dinos – Deïdo

3 semaines après la sortie de son EP surprise Aquanaute, Dinos dévoile le clip du titre Deïdos. Avec un texte puissant et un un style toujours aussi mélancolique, le rappeur de Seine-Saint-Denis récompense l’attente de ses fans en teasant son futur album.

Pour fêter cette sortie, Dinos est accompagné de la célèbre réalisatrice Nathalie Canguilhem, qui a déjà fait ses armes dans le hip hop français. Tantôt installé sur un piano dans un lac, tantôt en train de lâcher son texte dans une casse automobile, le clip retrace le parcours du rappeur avec un visuel tout en noir et blanc. Le tout offre une vidéo mélangeant poésie et réalisme, deux styles qui sont maintenant indissociables à l’artiste.

Grâce à ce titre et l’ensemble de son (trop) court EP, Dinos continue de faire monter la sauce pour son futur projet. Une chose est sûre, après les chefs d’œuvres de Stamina, et Stamina, Memento, les fans de old school sont à l’affût du prochain bijou dont le nom est maintenant connu : Hiver à Paris.

SOS Citizen – Rosetta

Si vous voulez enrichir votre playlist de soirée de St Valentin pour faire tomber in love votre dulciné.e, ce morceau est fait pour vous. Le trio parisien SOS Citizen mêlent rock n’ roll et psychédélique des 70’s.Le single sorti le 8 février fait suite au titre très entraînant, Juliette. Ici Rosetta est une ballade aux synthés analogiques virevoltants et à la voix doucereuse de la chanteuse Louise.

Le morceau nous emporte tout en tendresse dans les astres avec l’histoire d’amour spatial entre une comète et une sonde.Il est le titre parfait pour les amoureux du monde stellaire et des histoires d’amour un peu originales vouées à l’échec.Le clip n’en est pas moins intéressant.

C’est une vidéo animée, format carré avec une sensation de mouvement constante comme celle de la comète qui trace son chemin.Se créer une sorte de ronde infinie avec les mêmes dessins esthétiquement similaires à la pochette du single.Tout aussi psychédélique que les riffs de guitare, on aperçoit différentes parties de corps d’un ou plusieurs personnages sur un arrière-plan avec beaucoup de bruit. Le clip est poétique comme l’histoire contée et nous laisse rêver tout en étant bien éveillé.

Geoffrey Le Goaziou – Shell

Avec son nouveau single Shell, l’auteur-compositeur-interprète nantais Geoffrey Le Goaziou nous embarque dans une balade folk empreinte d’une agréable nostalgie, au son de sa voix douce et solaire sublimée d’un délicat jeu de guitare en finger-picking. Dans ce clip on retrouve Geoffrey, alors enfant, dans une série de fragments de vies capturés lors de vacances en bord de mer. Autant de moments enfouis dans un petit coin de nos têtes, qui tel un coquillage que l’on transporte partout avec nous tout au long de notre vie, peut, à l’évocation d’un son ou d’une image, s’ouvrir et rappeler ces souvenirs à notre conscience. Une façon aussi de nous rappeler que l’enfant que nous étions alors se trouve toujours quelque part en nous, et que dans le tumulte de la vie quotidienne il peut parfois être bon de marquer une pause, se tenir à son écoute et le laisser nous inspirer…

Shell est le deuxième single extrait du premier album de Geoffrey Le Goaziou, Somewhere Quiet, qui sortira en avril prochain. 

Muddy Monk – Face ou Pile 

La seconde partie de l’heptalogie de Muddy Monk, qu’on attend encore plus que les épisodes d’Euphoria sur OCS, continue dans la veine transhumaniste du premier clip. Plongé au cœur de l’ultra classe – mais un peu lugure – station déjà aperçue dans Intro, notre papi Monk poursuit son processus de retour dans le temps et nous accorde enfin un magnifique couplet allègrement carpe diem. On aperçoit alors des résurgences de souvenirs, des moments fugaces, des instants précieux suspendus dans le temps sur des écrans. Ce qui semble préoccuper l’esprit de notre protagoniste : une sublime jeune femme incarnée en la personne d’Alma Jodorowski. Le clip permet d’ailleurs une immersion plus substantielle de TRla première porte d’entrée dans l’univers d’Ultra Dramatic Kid, sortie il y a deux mois. 

Dans l’attente de son album qui sortira le 01.04.2022, nous profiterons encore, la semaine prochaine, du génie de Muddy Monk.  

Jwles – CDG

L’aéroport parisien, Charles de Gaulle a ouvert ses portes à un voyage d’un nouveau genre cette semaine. C’est dans l’enceinte de cet établissement que Jwles a tourné le clip de son nouveau single, CDG avec l’aide de Mani Visions à la caméra. Un morceau qui reste dans la ligne directrice des précédentes propositions du rappeur, une instrumentale frénétique et voluptueuse accompagne un flow DMV qui pourrait à tort être qualifié de « à contre courant ». En réalité, décrire la musique de Jwles est aussi incompréhensible qu’inutile. En tout cas, ce qui est clair, c’est que ce n’est pas la proposition la plus accessible et que tout un chacun ne pourra pas rentrer facilement dans son univers. Peut-être que la proposition visuelle aidera. Dans ce clip, l’artiste se promène, danse et même aide des voyageurs avec leur valise dans un aéroport qui vit à son rythme quotidien. Etre à contre-courant, le zin en a fait sa force mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut le résumer uniquement à ce trait, le personnage tout comme sa musique est rempli de bien plus de subtilité et il continuera sans doute à le démontrer. 

Orville Peck – C’mon Baby, Cry

Orville Peck, le cow boy queer du Canada, revient cette semaine avec C’mon Baby, Cry  et dépoussière encore un peu plus la country. Les idées traditionnelles sont bien intégrées dans ce milieu et il est difficile de déroger aux codes. Alors quand Orville Peck rentre dans un saloon pour chanter à un autre homme qu’il a le droit de pleurer, il se prend forcément des bouteilles de bières par les autres types du bar. Comme dans toutes les belles histoires, en voyant la performance du chanteur sur scène, les cowboys réfractaires changent d’avis et tout le monde finit par danser ensemble. Espérons que ce joli conte donne des idées à certains dans la vraie vie. Les décors sont imprégnés de l’univers de la country porté par des effets lumineux très Las Vegas. Ce premier single annonce l’arrivée de son prochain album Bronco.  

Andy Shauf – Satan

Pas de temps à perdre pour Andy Shauf. Après un nouvel album sorti l’année dernière, il nous propose déjà un nouveau single : Satan. Beaucoup moins diabolique que son titre ne pourrait le laisser le croire, il inclut tout de même le diable dans ses paroles… Abordant plus le thème de la tentation et sans doute de la limite toujours plus floue entre le bien et mal, le compositeur Canadien nous emmène dans une balade hypnotisante au gré de sa guitare. Beaucoup moins arrangé et produit que ses morceaux précédents, il revient à l’essentiel avec des petites saturations qui donnent au tout des vibrations lo-fi très agréable. Un côté hivernal qui l’on retrouve à l’image, moins centré sur une histoire que sur des plans contemplatifs, c’est le genre de réalisations qu’on découvre au coin du feu sous un bon plaid.

Maxence Cyrin – Rivages

Alors qu’est sorti son deuxième album Melancholy Island, le pianiste Français Maxence Cyrin nous propose une mise à l’image de l’excellent Rivages. Un morceau aussi exaltant qu’apaisant, aussi romantique que froid. Il est d’une surprenante versatilité et semble convenir à toutes les humeurs. Mélancolique comme seul un morceau de piano solo peut l’être, il emmène nos pensées voyager dans une imaginaire côtier, comme l’illustre le clip à mi-chemin et entre plage déserte et un manoir abandonné. Deux représentations de l’immensité et deux appels à l’humilité face à la grandeur du temps qui passe. Une mélodie qui semble éternelle et qui marque par son immédiate évidence. Un nouvel appel à aller découvrir le travail de Maxence Cyrin, qui gagne à être entendu.

Marie-Gold – Maison de Dicks

Cette semaine, dans le cadre de la sortie de son nouvel album Bienvenue à Baveuse City, la géniale rappeuse québécoise Marie-Gold nous a dévoilé Maison de Dicks

Réalisé par elle-même en collaboration avec une équipe entièrement féminine et une apparition spéciale de l’excellente Calamine, ce clip haut en couleurs vient habiller un titre qui, comme son nom l’indique, dénonce non sans humour les pratiques misogynes auxquelles les femmes sont confrontées dans l’industrie musicale. 

Si cette désagréable réalité pèse lourd sur le moral et les carrières des musiciennes, Marie-Gold ne se démonte pas et apparaît ici en position de force : entourée de petites marionnettes représentant ceux qui lui ont causé du tort, c’est avec le sourire qu’elle nous raconte ces rencontres