La scène B #2 : Angers vu par Stav

Parce que contrairement à ce que beaucoup pensent, la musique en France ne se vit pas qu’à Paris. La Face B a décidé de mettre en avant les scènes et artistes de certaines villes avec La Scène B. La Scène B c’est la scène française vue de l’intérieur à travers le regard d’un artiste sur sa ville. Pour ce second épisode, c’est Stav qui nous emmène avec lui à la découverte de la scène angevine.

Merci La Face B, j’ai d’abord été flatté de la proposition d’écrire sur ma ville, puis j’ai ensuite trop galéré à écrire cet article, comme si j’étais journaliste ahah. Mais ça m’a plu, parce que de parler de chacun(e), ça m’a rappelé plein de souvenirs et ça m’a permis de faire des liens. C’est peut être ça la scène d’AGS (Angers), mi bourgeois, mi redneck, des potes, ou des gens qui ne se connaissent pas mais qui se regardent, des ambitions communes, des loupés, quelques victoires, un petit village qui devient grand à l’ouest à l’image des loyers qui commencent à draguer ceux de la capitale tu connais.

Cette liste est forcément subjective il y a tellement de groupes à Angers, dont certains que je ne connais même pas, j’en ai d’ailleurs découverts, entre le moment où je commençais cet article et celui où je le terminais. Ici je parle de mes potes et de celles et ceux qui m’ont marqué, que ce soit sur scène pour beaucoup ou qui m’ont offert des anecdotes de vie. Je parle aussi de la musique qui me touche, du rap, de la pop, des trucs hybrides et des artistes qui incarnent des personnages, qui ont ce petit truc en plus qui m’émoustille crousty.

Nerlov

Stav : Mon moustachu depuis l’époque du lycée, on travaille avec le même réalisateur studio (Atom), le même réalisateur de clip (Simon Higelin), le même ingé son (Lhari) et on a la même formation sur scène, chanteur & batteur (sur ce dernier point il dira que je l’ai copié ahah).

Une poésie cynique et froide et des productions qui te donnent envie de faire l’amour lentement un dimanche de spleen. Avec peu de mots ils te dit tout, tellement clair qu’il pourrait faire des tubes de 1 couplet et 1 refrain, ça passerait tranquille.

Et aussi quand les bars étaient ouverts, c’était mon partenaire de crime, mais le jeudi uniquement.

Odor

Stav : Je le connais quasi depuis qu’il a commencé le rap, il débarquait dans les open mic que j’organisais avec sa horde de fougueux, le collectif Pen Soul Case.

C’est vite devenu mon petit reuf de coeur, j’ai été pris par sa détermination à mener sa musique sur tous les fronts, c’est le jeune entertainer de la ville. Après plusieurs projets à s’aiguiser, il revient en ce moment avec des nouveaux singles, qui transpercent beaucoup de sincérité et de prise de maturité dans sa plume.

En plus c’est vraiment une boule d’énergie en plein contrôle, j’ai vu peu d’artistes capables de retourner des scènes comme ce jeune prince. J’en profite pour vous parler de son petit frère Weimar de 18 ans qui arrive aussi trop chaud, il vient de faire les pré sélections iNOUïS Pays de La loire sisi !

ET aussi en parlant du Pen Soul Case, il faut que je vous présente « Astec », un autre rappeur de ce collectif. Il a toujours su se faire discret, mais c’est quand même lui qui a pété le plus gros score de vues d’un coup à Angers. Après avoir été accompagné par Trempolino et être arrivé en finale nationale Buzz Booster, il prévoit enfin de sortir son premier EP solo avant l’été

Joh Berry

Stav : Johnny le sang avec Halliday tatoué sur le ventre. D’un côté il envoie des grosses rimes de gangster d’amour avec un certain goût pour la verdure et les sonorités belges et de l’autre il compose la plupart des prods supermarché pop pour mon projet ahah.

C’est toute la richesse et l’ambivalence de son personnage. On se rejoint sur le point qu’on traverse les époques, on aime tous les deux la modernité, mais on a ce côté provincial nostalgique des années 90. Et puis il a un truc vraiment communicatif avec ses émotions, c’est fou j’ai rarement vu ça ailleurs, il est entier quoi.

Il revient son 2nd EP « Mood 2 » aux sonorités deep house. J’espère qu’on pourra danser dans les parcs cet été, parce que c’est exactement le soleil qu’il nous faudra.

Dogs for Friends & Chahu

Stav : Je ne vous présente plus les dogofriendo, c’est vos canidés préférés. Je les ai découvert sur scène le 21 juin 2018, leur première je crois. J’avais trouvé ça à la fois frais et jeune, je les avais revu lors d’une première partie de Chaton genre 6 mois après et il y avait déjà une super marge de progression.

Je me suis dit direct eux ils vont grandir vite et c’est ce qu’il s’est passé, 2 années et 2 EP’s plus tard. Sans parler de leur tristo bambino Chahu, qui compose pour tous les gars cités plus haut et qui sort son premier EP au printemps.

C’est marrant c’est peut être le plus mélanco de nous et ce que j’adore quand on fait des prods, c’est ces petites notes synthés aquatiques et ses petits touches de ukulélé qui me font croire qu’ AGS c’est un peu Honolulu.

La Houle

Stav : Notre cœur tendre Simon Sockeel est La Houle de Boulogne-sur-mer. Elle s’écrit aux aurores devant l’océan après une nuit blanche, c’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’il part souvent composé aux confins des bords de mer l’hiver. Ses textes retranscrivent cette boule de sensibilité qu’il est dans la vie.

C’est aussi la brume, très texturée, des couches de sentiments qui se rejoignent, grâce à ses synthés analo. C’est sûrement sa pudeur et sa timidité qui fait que chacune de ces ambiances, ne se marchent jamais dessus et s’entremêlent dans un brouillard limpide.

Ça donne un ressentis très cinématographique avec toujours une histoire à lire entre les vagues. Comme le joli clip « Toi (ce moi) » réalisé par ma pote Kelly Delaunay lors du carnaval de Dunkerque, extrait de son premier album prévu cette année.

Groov Clan, Tibi x Monarch, Hidden

Stav : Les 3 rappeurs du groov Clan (feu collectif pluridisciplinaire deep et trap) ont leur vision bien à eux de penser la trap et la drill sur Angers. Ils vivent dans leur temps et progressent aussi vite que lui.

C’est Monarch à la prod (et au micro aussi) qui vient de sortir sa tape, Tibi la tête de wagon qui rappe en bilingue français-créole et Hidden le jeune thug.

Ils ont tous sortis des projets en solos ou en communs les derniers mois et envoient des freestyles régulièrement sur insta, suivit de près par un autre beatmaker talentueux TJVSA.

Wild Fox

Stav : J’avoue je n’y connais rien en rock garage ahah, mais dans le monde d’avant, j’adorais les voir jouer en concert, c‘était complètement zinzin.

Ils sont jeunes, soignés, punk à l’image que je me fais du rock dans les années d’or mais avec la déraison de 2021 et le côté dandy red neck angevin.

Et puis tu connais La Face B, j’ai un faible pour les groupes qui font des jolis clips et Josic un des membres est réalisateur. Il tourne pour ses renardos mais aussi pour d’autres, le clip de Dogs for Friends est signé par lui, il entertain pas mal la ville en ce moment.

Il est d’ailleurs membre fondateur du collectif Capharnaum qui fait des capta dans des lieux stylés genre piscine ou bibliothèque municipale.

Maxime Dobosz – San Carol & Big Wool

Stav : On est beaucoup à dire à Angers que c’est notre prince de la Pop. Je le kiff wesh.

Pour avoir travaillé avec lui dernièrement sur un live, il me fait trop rire par ses blagues cyniques de boomer, elles font du bien aux cheveux quand t’es un peu stressé par ce monde de con.

C’est un peu mon Damon Albarn à moi, même si je sais qu’il aimera sûrement pas lire ça ahah.

En vrai je pourrais vous parler du dernier album de San Carol qui était excellent. Je les ai vu quelques fois sur scène et c’était tout le temps frisson et quand j’allais lui dire, il me disait non on s’est craqué ce soir, réponse impeccable.

Je vais surtout vous partager sa dernière live session, qui annonce la suite.

Dzespoir

Stav : J’ai rencontré ce jeune il y a peu de temps en soirée, par le biais de Simon Sockeel.

D’ailleurs c’est cool que je sois en retard pour rendre mon papier, sinon je n’aurais jamais pu parlé de lui. Je sais qu’il a fait les beaux arts d’Angers, qu’il est signé sur le collectif audio visual Abricatalog et qu’il est peut être entrain d’inventer son propre genre, qui mélange trap, guitare rock et phrasé codéiné spleené.

Il fait ses vidéos aussi ! Il vient de sortir son premier album et il y a surtout un titre live live qui m’a choqué « sans titre » dispo sur son insta

Jeune Saint 

Stav : Je ne le connais pas, mais il commence à se faire connaître des plateformes de stream et sur twitter du haut de ses 19 ans.

J’ai écouté ses 2 EP’s sortis à 4 mois d’écarts et il m’a fait l’effet du Sauce God Son de la ville, plus love et moins drill que le H.

Si vous cherchez un clip, il y en a juste un qui se cache dérrière un tuto du Youtubeur Raska (cimer Odor pour l’info).

Elayïs

Stav : Elayïs était en service civique au 122 une asso culturelle pluridisciplinaire d’Angers avec qui je bossais et on m’avait fait écouter ce qu’elle faisait.

J’avais trouvé ça frais, encore un peu jeune.. J’ai eu la chance de la voir en showcase en janvier et j’ai trouvé que ça avait super évolué. Vraie voix soul qu’elle pose sur des beats un peu trappi pop avec un vrai message, ça va bientôt éclore.

Dorrr et les Blind Suns

Stav : On se croisait pas mal sur les scènes avec Dorrr et son groupe Blind Suns à l’époque de Rezinsky.

C’est la polonaise la plus américaine de la ville sisi. Elle a sorti son premier disque solo fin 2020, produit et réalisé par la même équipe.

Surf pop du désert dans la continuité de Blind suns qu’elle défend avec Romain. Ils ont monté il y a quelques années leur label, ils tournent dans le monde entier, ils font tout quasi tout seuls, je vous l’ai dit c’est des vrais américains quoi !

Camille / Després

Stav : J’ai toujours prêté une oreille particulière à Camille, sa voix, sa direction artistique et puis nos projets commençaient à se développer au même moment, on échangeaient pas mal là dessus.

Elle avait commencé ses premiers titres avec Thylacine puis avait fondé son groupe Després qui a pas mal tourné en live et sur les plateformes.

Je sais qu’ils ont arrêté, mais j’espère bien qu’elle nous prépare des nouveaux tracks en cachette, d’ailleurs je la cite essentiellement pour ça ahah.

The Sheraf Brothers

Stav : Avant il y avait Sheraf avec Nerlov à la batterie et Stu à la guitare, et c’était trop le dawa sur scène avec aussi Chris qui en plus de jouer, réalisait des courts métrages en guise de clip, complètement zinzins.

Maintenant les gars ont chouilla vieilli et sont passés de la bière au vin naturel oklm. Ils ont troqué les amplis contre des guitares sèches et un violon. Comme dirait leur lead Tucker, ils font comme les cowboys américains de je sais plus quelle région du sud des USA.

Ils se rejoignent les vendredis pour un barbecue et se racontent leur semaine qui parle essentiellement d’alcool et de garçons tristes sur des accords country. Eux aussi c’est des vrais américains, ils ont sorti leur premier album en février dernier et en plus ils font des teasers de clip !

Alexinho

Stav : Bon il n’est plus à Angers, mais bon c’est quand même le champion du monde de Beat Box ce petit con.

J’ai d’ailleurs faillit oublier de parler du Beat Box à Angers et ça aurait été sacrilège, car je crois qu’on dit que c’est la capitale, made in France de cette culture.

Grand respect à ceux qui l’ont marqué, Laurent Duprat, O’slim, Orfey et les dérrières années l’association Growl Up France.

Et puis S/o à ceux sans qui il n’y aurait pas AGS :

– Les artistes qui ont marqué  la ville, S/o Zenzile, Lemon Queen, EKS, Dajanem, Nouvel R, Kwal, Wadi, Sixième Sens, Soul Shoc, Lo’Jo, Tomawak, Zetlaskars, Alakyn, Joris, Bastion et Méridien West, Daria, Grise Cornac, Cherry Plum, Jumaï, Eagles Gift, La Ruda Salska … Sinon j’ai pas connu les Thugs, je suis quand même pas si vieux non plus.

– Des lieux qui les soutiennent et qui les font jouer S/o Le Chabada, Le Joker’s, Le garage, Le Héron Carré, le 122, Le Quatre, Le Grand Saut, At Home, Babes Day, Growl Up, Lévitation, Les Zéclectiques, Track n’Art, Mix’Ape, la Marbelle, Le Scéno.

– Les collectifs, labels et tourneurs locaux, S/o Groov Clan, L’Igloo, Twin Vertigo, Wise band, Tigre noir, Fressh Style, Météorites, Paï Paï, La Collective.

– les artistes visuels qui les rendent joli(e)s S/o Simon Higelin, Josic, Robin Alliel, Flavien Caron, Antoine Jaquemin, Nelly Garreau, Candice Roger, Raska, Jules Couetmeur, Fishbrain, Aishy, Lucie Haudebault, Charlotte Clain, Erwann Iliou, Pilou, Silas, Nicolas Meurillon, Christophe Martin, Nathan Houée, Morgan Richard.

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