La Face B de l’Histoire #3 : Wa Nueid – Mashrou’LeÏla

À travers La Face B de l’Histoire, la rédaction met en miroir la chanson et l’Histoire. Puisque certains textes renvoient aux souvenirs d’une période ou d’un événement vécu, il est intéressant de les mettre en parallèle avec les faits tels qu’ils ont été. En poursuivant l’épisode précédent, on reste au cœur des luttes du Moyen-Orient. Cette fois-ci, le groupe de musique – très politique – Mashrou’Leïla nous parle du Printemps arabe.

Avant de parler des révolutions du Printemps arabe, Wa nueid parle de répétition, et pour cause, en français, le titre signifie «Et nous répétons». Hamed Sinno, chanteur de Mashrou’Leïla confie : «On a essayé d’y allier la mythique patience et la détermination de Sisyphe à l’immense futilité d’une action répétitive, encore et encore.»

Mashrou’ Leïla est un groupe de rock indépendant, d’origine libanaise. Les premières années du groupe coïncident avec le début du Printemps Arabe. Tout comme le mouvement au Maghreb et au Moyen Orient, Mashrou’ Leila incarne certaines revendications de la jeunesse : contestations politiques, prise de position sur les causes féministes et LGBT+. Quant au fameux «Printemps Arabe» (*) il s’agit d’une multiplication de révolutions au sein du Proche et Moyen-Orient à partir des années 2010.

Le texte est écrit en arabe, mais conserve une certaine poésie lorsqu’il est traduit en français. Il est question de métaphores, de paysages et de scènes se dessinant sous nos yeux. Pourtant, rien n’y est tendre ou doux; tout n’est que souffrance. En utilisant un « nous » universel, Mashrou’Leïla évoque un peuple en souffrance. La voix cassée – presque de douleur – Hamed Sinno chante un peuple en proie à la faim « les gens peuvent voir nos os » et l’humiliation « quand ils nous jettent du sable.» Au vue du thème évoqué, on suppose que le « ils » renvoie au système autoritaire, aux pouvoirs politique et militaire.

En effet, ce sont ces raisons évoquées qui ont poussé la région à se révolter. Allant de l’Algérie au Yémen, en passant par le Liban, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte ou encore le Syrie, les peuples étaient pris entre la marteau et l’enclume. Des régimes autoritaires, corrompus et liberticides au pouvoir depuis des décennies en guise de marteau. Et une flambée de l’inflation cumulée au chômage et la pauvreté en guise d’enclume. En ce sens, on considère un événement incarnant ces deux problématiques comme point de départ. Il s’agit du suicide par immolation de Mohamed Bouazizi, en 2011, en Tunisie. Le jeune homme était un marchand de légumes en situation de précarité dont sa charrette – son outil de travail – a été confisqué par la police. Ainsi, on considère que les révolutions arabes sont nées en Tunisie. On parle d’ailleurs pour ce cas précis, de Révolution du Jasmin. Le jasmin étant l’emblème floral du pays.

L’atmosphère musicale que crée Mashrou’Leïla est propice au combat. Les accords sont en suspension, comme si ces derniers étaient sur leur garde. Puis, les bruits secs des baguettes de batterie rappellent les bruits de mitraillettes ou de tambours militaires. Il y a une résonance avec le texte, voire même sa portée. En somme, Wa Nueid est un hymne à la résistance. Un couplet met cela en avant : « Nous pouvons secouer la cage que nous sommes devenus jusqu’à ce qu’elle tombe. Dites-moi de quoi avons-nous peur ? Nous pouvons résister jusqu’à ce que le cauchemar que nous avons combattu prenne fin. Dites-leur que nous sommes toujours debout. » Ne serait-ce que la fin du morceau avec toutes ses répétitions et anaphores : « Dites-leur que nous sommes toujours debout. Dites-leur que nous continuons à résister. Dites-leur que nous pouvons encore voir. Dites-leur que nous n’avons pas faim. Dites-leur que nous continuons à résister.»

Dans les faits, la lutte s’est faite dans la rue, sur les places publiques, allant de la place Tahrir du Caire, de la Kasbah à Tunis, en passant par celles des Martyrs d’Alger ou de Tripoli. Les manifestations sont multiples et successives… Encore et encore… Encore et encore… Wa nueid.. Wa nueidWa nueid. Souvent, la non-violence bascule en émeute. Amplifiée par des répressions de la part de l’armée nationale, sous les ordres des dirigeants. Pourtant, le tableau n’est ni tout blanc, ni tout noir. Dans certains cas, les militaires ont joué un rôle important auprès des révolutionnaires. Par exemple, l’arrestation du Président Tunisien Ben-Ali a été mise en œuvre par un colonel. Si ce Printemps est urbain et immatériel, il est aussi numérique et matériel. Les nouvelles manières de communiquer sur internet ont aidé à structurer ces révolutions. Facebook, Twitter et même Youtube ont permis la diffusion de revendications, dont l’ampleur est telle que l’on parle de «Révolutions 2.0». Toutefois, il y a une nuance à faire puisque cet outil est arrivé tardivement dans certaines luttes ou a rapidement été censuré et contrôlé par l’État.

Mais revenons-en à Sisyphe. En mythologie grecque, Sisyphe(**) est un mortel condamné à pousser une pierre du haut d’une montagne, mais cette dernière retombe toujours. Le geste est répété indéfiniment. Encore et encore… Wa nueid.. Wa nueidWa nueid évoque ce mythe par cette phrase : «On peut porter un rocher et le jeter par-dessus une montagne. » C’est une appel à rompre la malédiction, à choisir son destin, ses actions. Tout cela pourrait presque faire allusion au mythe de Sisyphe d’après l’écrivain et philosophe Albert Camus (***) L’auteur compare ce mythe à la vie, puisque tout comme l’action répétitive de Sisyphe, la vie n’aurait pas de sens, pas de logique, et serait alors absurde. Mais, selon l’auteur, une révolte est possible en comprenant et acceptant cette absurdité.

En revenant au contexte du Printemps arabe, ces soulèvements et manifestations seraient presque de l’ordre de cette «révolte ». On retrouve un éclair de lucidité quant à l’absurdité de la situation : les corps qui tombent pour s’être révoltés; en parallèle à un enlisement et un statut quo persistant. Dans les faits, les révolutions du monde arabe sont un échec, n’ayant pas permis de changement majeur de régime ou encore moins d’instauration stable de la démocratie. Encore tristes constats, les conséquences sont déplorables : guerre civile depuis près de dix ans en Syrie, guerre religieuse entre chiite, sunnite(****) et groupes terroristes islamiques (Al-Quaïda et l’Etat islamique (*****)) au Yémen, ou encore conflits territoriaux entre milices et gouvernement en Libye, et enfin, dirigeant proche du dirigeant évincé en Egypte.

Pour mieux comprendre :

(*) Printemps arabe : En Histoire, on parle de Printemps Arabe en référence au Printemps des peuples. Car tout comme les années 2010 au Proche et Moyen-Orient, en 1848, l’Europe est secouée par de nombreuses révolutions prônant plus de liberté.

(**) Sisyphe (mythologie grecque) : Cette condamnation lui est attribuée après qu’il ait joué un tour à Thanatos (La Mort)

(***) Le Mythe de Sisyphe (Albert Camus) : vidéo explicative

(****) Chiisme et Sunnisme : deux courants de l’Islam (vidéo explicative)

(*****) Al Quaïda : Fondé en autre par Oussama Ben Laden, la branche yéménite date de 2009. Elle est considérée comme la branche la lus importante du mouvement connu pour les attentats du 11 septembre.
(*****) Daesh ou l’Etat Islamique : Groupe extrémiste sunnite, ayant la volonté d’un califat, soit pour schématiser d’un état islamique. D’où le nom Daesh, signifiant Etat en arabe.

Pour aller plus loin…

• En Histoire :

Sur le Printemps arabe de manière générale :

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Etudes de cas :

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Conseils cinématographiques :

  • La Révolution arabe: Dix leçons sur le soulèvement démocratique. Jean-Pierre Filiu. [éd. Fayard] Livre écrit par l’un des historiens spécialistes du Proche et Moyen-Orient contemporain.
  • Géopolitique du Printemps arabe. Frédéric Encel. [éd. PUF] Intéressant sur le plan géopolitique et actuel. Par l’évocation de l’influence de pays extérieurs comme la Russie ou la Turquie.
  • (¹) « Quel est le bilan des révolutions arabes ? » (Le Chiffroscope), L’Effet Papillon, Canal+. Animation expliquant tant avec humour que clarté les conséquences du Printemps arabe. (disponible ici)

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  • [TUNISIE] «Tunisie, le laboratoire du printemps arabe», Affaire sensible, France Inter. Episode de l’émission Affaires sensibles, sur France Inter, mettant en parallèle Histoire et actualité. (disponible ici)
  • [SYRIE] Comprendre la situation en Syrie en 6 minutes. Le Monde. Vidéo explicative sur la guerre civile suivant le Printemps syrien. (disponible ici)

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  • Le Caire confidentiel, Tarik Saleh. Thriller ayant pour décor l’Égypte à la veille de la révolution.
  • Parfum de Printemps, Férid Boughedir. Comédie prenant place en Tunisie, également, la veille des événements.
  • Ma Révolution, Ramzi Ben Sliman. La Révolution du Jasmin vue de l’autre côté de la méditerranée, par un adolescent en pleine quête d’identité.

• En musique :

Emel Mathlouthi – Kelmti Horra (Tunisie)

En arabe Kelmti Horra revient à se dire que « ma parole est libre » Une chanson sur la liberté d’expression qui a pris une tournure particulière en étant chantée en pleine Révolution du Jasmin. A ce moment précis, le chant d’Emel Mathlouthi s’entremêla aux cris d’espoirs et la rage de la rue, avant de laisser place au silence. (vidéo juste ici)

Ibrahim QachouchYalla Irhal Ya Bachar (Syrie)

« Dégage ! » Si l’on parvenait à contenir le tourbillon des révolutions arabes en un mot ce serait « Dégage!» ou plutôt «Irhal !» C’est ce qu’a n’eu de cesse de clamer, de crier, Ibrahim Qachouch au dirigeant syrien : « Allez dégage Bachar ! » Crier ou plutôt hurler tant qu’il a pu. Jusqu’au jour où on le retrouve assassiné, les cordes vocales arrachées. Mais face à l’horreur, persistant est le chant du rossignol syrien.

Arabian Knightz – Rebel (Égypte)

Genre contestataire par excellence, le rap eu une grande importance au sein du Printemps arabe. Notamment en Égypte avec le groupe Arabian Knightz. Sur un sample de Lauryn Hill, les rappeurs appellent à : « se rebeller contre l’oppression, la division, la stupeur. »

Narrateur intérieur, narrateur extérieur

« Au sein de cette sélection de chansons, la rédaction a tenté de faire un parallèle entre des textes et sonorités nés aux cœurs des Révolutions et d’autres, après coup, composés par des acteurs extérieurs.

En bref, des chants d’Orient et d’Occidents. Des regards intérieurs et extérieurs.

Pour rappel, il s’agit de textes poétiques pouvant se rapprocher ou au contraire s’éloigner de la réalité historique. »

Hiba Tawaji – Al Rabih Al Arabi

Si l’on s’éloigne du caractère très cinématographique du clip, des cordes et des chœurs, il s’agit peut être de l’une des meilleurs illustrations du Printemps arabe et de ses conséquences. La diva de The Voice France Hiba Tawaji chante toute la complexité de l’événement, évoquant la charrette de légumes de Bouazizi, les intérêts politique et opportunisme religieux. (traduction des paroles juste ici)

Tryo – Printemps arabe

En passant outre toutes les (nombreuses) critiques envers le groupe, Printemps arabe est une bonne illustration de la réception de ces événements à l’international. Tryo remercie les Égyptiens, Libyens et Tunisiens pour avoir affirmer la démocratie… Mais d’un point de vue strictement historique et géopolitique des conséquences du Printemps, on est un peu loin de la réalité des faits. Les guerres civiles, répressions et rares avancées sociales en témoignent.

Animation et illustration de couverture réalisées par Camille Scali (@camille.scali)

Quoi de mieux qu’un épisode consacré à la promotion de la démocratie, pour vous annoncer qu’il sera désormais possible de voter pour le prochain épisode ! Affaire à suivre…