Geeeko, un voyage dans l’irréel

Fin 2019, Geeeko entrait à pas feutré dans le monde du rap. Fin 2020, il a deux projets à son actif et est cité dans les révélations de l’année. L’année aura été riche pour le bruxellois qui a maintenant les deux pieds bien ancrés dans le game et il ne compte pas les décoller de si tôt.

Raia Maria Laura

Début mars, Geeeko sort Réel. Une manière de poser son univers et d’y faire plonger dedans un maximum de personnes. Pour résumer grossièrement ce qui caractérise ce nouveau venu, il est nécessaire d’évoquer la nuit, les ambiances festives ou encore l’amour. Le tout propulsé par une ambiance musicale qui ramène tout droit à ce qu’il se fait aux Etats-Unis. Une recette qui fonctionne, qui impressionne certains mais qui peut aussi en laisser d’autres sur le côté. L’univers installé est intéressant, les mélodies sont travaillées mais il manque peut-être un brin de singularité qui viendrait confirmer tout le potentiel qui mijote en ce jeune rookie.

Heureusement, Geeeko est plein de ressources et surtout plein d’énergie. Une énergie qu’il va mettre au service de la productivité en enchainant directement sur un second projet. Une décision qui peut paraitre déroutante, il est légitime de se demander si travailler autant peut se faire sans altérer la qualité de la musique. Mais une décision qui peut aussi paraitre logique au vu d’un marché musical saturé où la musique se consomme à une vitesse ahurissante et où marquer les esprits pour ne pas tomber dans l’oubli est primordial, encore plus en tant que jeune artiste. Et cela, le bruxellois l’a très bien compris. Irréel est la suite logique de son prédécesseur et en plus de confirmer l’univers du premier, il vient y rajouter une dose de maturité et surtout de singularité renforçant une esthétique qu’il prend soin de travailler depuis ses débuts.

Raia Maria Laura

Irréel est un condensé de ce que le bruxellois fait le mieux, dépeindre la nuit et ses divers facettes. D’ordinaire, la nuit est simplement le moment de dormir avant d’entamer une nouvelle journée. Pour Geeeko, cela représente bien plus. A travers sa musique, il arrive a communier à ses auditeurs tout ce que ce moment représente pour lui en les faisant plonger dans son quotidien teinté par l’obscurité de la nuit.

Mauvais, permet de directement plonger dans la vision de la nuit que l’artiste dépeint durant tout le projet. D’emblée, il laisse deviner les thèmes qui seront abordés tout au long du projet : de l’introspection, du love mais aussi de la fête, trois composantes qui se rattache assez facilement à l’ambiance qu’il essaye de dépeindre. La question qui se pose est êtes-vous prêt à plonger dans cette nuit qui risque d’être riche en émotions ?

Comme il l’a précisé sur Rodéo, dont le clip est sorti avant le projet, la nuit ne se fait pas toujours seul et sur Irréel il a décidé de s’entourer d’artistes proches de lui. Que cela soit physiquement avec les bruxellois Frenetik et YG Pablo ou musicalement avec la présence de Chanceko et Squidji. Tous les quatre vont parfaitement rentrer dans l’univers proposé par Geeeko en y apportant leurs touches, ce qui est synonyme de connexions réussies. Frenetik va venir rajouter de l’obscurité au projet avec son rap cru et brut, là où les trois autres vont venir ouvrir un faisceau lumineux amenés par leurs mélodies ou leurs énergies.

Le calme de la nuit lui permet de se centrer sur lui-même, sur ce qui l’entoure et par conséquent sur ces relations. Des morceaux plus mélancoliques voir même introspectifs viennent se glisser dans le disque. Le temps d’une mise au point pour l’artiste face à ses sentiments, ce qui est parfaitement illustré dans No Signal mais qui revient également à d’autres moments dans le projet.
Mais la nuit n’est pas qu’un moment de calme, c’est aussi là que les excès à outrance se déroulent à coup d’alcool, de drogues et de sexe. Une vision exprimée dans le très energétique 1000 (Bxl) qui est au passage une dédicace à la capitale belge qui a du être le lieu du crime de plusieurs soirées qu’a côtoyé Geeeko. Des soirées propices aux rencontres et à la drague, comme l’illsutre Noche où le bruxellois remet sa casquette de séducteur pour raconter une histoire d’amour made in 21ème siècle.

Raia Maria Laura

Une question reste tout de même en suspens, pourquoi cette obsession pour la nuit ? En plus de son calme et de la liberté qu’elle octroie, c’est aussi un moyen de s’évader des problèmes du quotidien qu’il connait et relate sur Champagne.
Puis peut-être que si l’artiste accorde autant d’importance à ce moment c’est parce qu’il a compris qu’il ne connaitrait pas de Jours meilleurs comme le symbolise la cloture du projet.

En plus d’avoir amené son univers à un échelon supérieur, Geeeko a travaillé pour arriver à y inclure toute sa singularité qui pouvait peut-être manquer sur le premier opus. En quelques mois et à force de travail, il a su montrer que productivité ne rimait pas forcément avec une baisse de qualité. Au contraire, il a élevé sa musique dans une autre dimension et cela se ressent notamment dans les instrumentales qui teintées de notes plus électroniques viennent apporter une touche spatiale au projet ce qui donne un rendu rarement entendu dans le paysage rap francophone. A se demander ce qu’il réserve pour la suite.