Gargäntua : Un nouvel opus qui claque votre joue

Le dernier album de Gargäntua Faim du Game arrive comme ses prédécesseurs, tel un pavé de brique lancé à toute allure, mais avec des mots doux cachés dedans. Amoureux de la poésie et des boumeurs qui vibrent, amateurs de chants mélodieux et de basses qui hurlent, ne lisez surtout pas cet article, il vous est entièrement dédié.

Gargäntua

Avant toute chose, un peu d’histoire…

Pour tenter de faire court, Gargäntua c’est un duo orléanais, avec J4n D4rk au chant et God3froy aux machines. Leur spécialité ? La pop techno-trash. Voilà déjà 4 ans, soit 3 albums, et 86 minutes d’albums (oui on a calculé, si vous n’êtes pas d’accord, veuillez vous adresser auprès du SAV d’un site de streaming musical suédois relativement populaire) que nos deux artistes s’attachent à nous propulser dans un monde où la barbarie sonore sans parachute est maître, en nous questionnant au travers de textes sauce biberon velouté pour adulte.

Après un album sorti en 2019 nommé Heritage, le groupe nous offrait le clip de J’ai faim en 2020, aux couleurs on ne peut plus présentes (on ira pas jusqu’à comparer avec l’univers de Dario Argento… mais c’est présent) qui nous invitait dans un monde isolé de tout, un monde qui n’appartient qu’à Gargäntua. Deux âmes solitaires, qui ne savent choisir entre brutalité et poésie… et puis pourquoi choisir après tout ? Ce clip annonçait la venue d’un nouvel opus, à venir peu après.

Les présentations sont faites. Et nous voici au nouveau nourrisson, fraîchement mis au monde juste avant la saison estivale 2020 : Faim du Game. Alors qu’en est-il ?

L’album démarre au quart de tour avec Chloé, nous plongeant la tête dans une bassine hardtek, dans laquelle viennent se mêler de douces paroles à la mélodie pop. Le texte, directement repris du morceau du défunt artiste Jean-Luc Le Ténia, ressemble d’abord à une mélopée, pour se transformer ensuite en un cri de désespoir en fin de morceau, soutenu par une dernière série de beats agressifs, qui prendra plaisir à surprendre vos conduits auditifs. Une déclaration d’amour comme on les aime.

Le second membre de l’équipage n’a pas envie de parler de belles choses. Pseudo-Branché attaque sans sommation le souci N°1 des amateurs du métro / boulot / dodo, à savoir : le metro / boulot / dodo. S’il nous assaille dans une ambiance plus détendue, il se plaît à amener cette thématique de manière violente, qui nous atteint tout en douceur. Co-écrit avec Balthazar, c’est une douce descente aux enfers que l’on nous propose avec tendresse. S’ensuit le premier morceau clippé : Lucifer (je pense à toi). Nouvelle déclaration d’amour cette fois-ci à “une nature luciférienne”, illustrée par une série d’images captées avec simplicité, et bercée par la douce pop douloureuse qui caractérise le duo.

Arrivent enfin les deux titres Pape de la pop et Le Requiem des Escargots, déjà sortis sur le 1er EP du groupe, , en 2016. Si le texte et la mélodie de Pape de le la pop avaient déjà ce pouvoir de s’imprégner dans notre mémoire, le couvercle ajouté n’est clairement pas de trop. Quel plaisir d’avoir cette basse, qui embellit ce morceau à la perfection. Gargäntua y rajoute une aurore boréale de hardteck tout en restant sur un docile downtempo, nous laissant planer sur cette mélodie entêtante. La deuxième reprise Le Requiem des escargot, ode respectueuse à l’égard des mollusques à coquilles souvent victimes de nos pas impitoyables, n’a pas grand chose à envier au morceau précédent. Plus crasseuse, certes, mais dotée de beats plus sévères, cette nouvelle version se révèle plus affirmée, sans trahir son esprit féroce et indomptable.

Pas le temps de respirer, on embraye sur C3 (Gameboy), une violente baffe esprit punk, martelée par des kicks ravageurs. Ce morceau, écrit avec Suce Jules, co-créateur des soirées Vitesse Extrême, ne semble avoir qu’une volonté : faire s’entrechoquer les corps, et battre le record d’amat de poussière dans une foule.

L’album se termine avec Friendzone (Part.I & II) sur une nouvelle descente dans les abîmes. Dernier morceau à être aujourd’hui accompagné d’un clip, où l’on peut pleurer devant ses pauvres brebies égarées, ou s’y identifier, c’est un choix. Titre où l’on marche au pas, captivé par ce rythme qui marque une certaine fatalité et nous invite à rejoindre la ronde de ces âmes torturées. La deuxième partie semble proposer une version plus encrassée lors des premières secondes, mais ce n’est que pour mieux terminer dans une dernière folie où les synthés s’entremêlent à une boîte à rythme bestiale, prête à tout donner avant son dernier souffle.

En résumé, un opus qui nous trimballe sans autorisation dans une fête brute, qu’on espère pouvoir découvrir en live*, pour changer de la formule “Canapé crevé du confinement / Casque grésillant / Pringles Sour Cream & Onion”.

*(Et quand on voit celui enregistré à L’Astrolabe fin juin dernier… ça ne donne qu’une envie : se jeter dans la foule tel un albatros, mais avec grâce).