Format Court #81 : Saya Gray, Jane Penny, Devon Ross

Chez La Face B, on adore les EPs. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux. Aujourd’hui, dans notre nouvel épisode de Format Court, on vous fait découvrir les EPs de nos chouchous du moment : Saya Gray, Jane Penny, et Devon Ross.

Saya Gray – QWERTY II

saya gray

Avis aux âmes de poètes qui nous lisent, il se pourrait bien que l’on ait trouvé votre nouvelle artiste préférée. À travers QWERTY II, son nouveau projet de sept titres, Saya Gray nous offre un véritable recueil sublimé par ses propres productions. À la fois multi-instrumentaliste, productrice, chanteuse, et même designer, elle maîtrise son art mieux que personne et propose donc un projet ultra-complet, et surtout très intime.

Une trentaine de minutes qui nous transportent hors du temps, bercés par des sonorités expérimentales alliant effets électroniques et instruments acoustiques pour un rendu unique. Les morceaux révèlent tous une facette différente de l’artiste, tout en parvenant à former un ensemble parfaitement équilibré. De l’introduction énergique ..YOU, A FOOL où elle scande avec ferveur “Good thing, I don’t give a fuck about what you think” au petit bijou dream-pop DIPAD33, Saya Gray nous offre un précieux aperçu de ses pensées les plus enfouies. Une virée dans son univers haut en couleurs où se côtoient métaphores fleuries cryptiques et extraits de moments de vie en japonais.

Un joyeux bazar qui fait en réalité toute la beauté du projet, dont il est impossible de saisir toutes les complexités dès la première écoute. On se fait un plaisir de l’écouter, de le réécouter, et de se replonger sans cesse dans son monde en quête de nouveaux détails sonores habilement camouflés à découvrir. Une subtilité qui atteint son paroxysme dans le brillant 2 2 BOOTLEG, dans lequel la voix de l’artiste voix semble lointaine, comme masquée, nous obligeant à relancer le morceau (ou à ouvrir Genius) pour la comprendre clairement. Loin d’être un effort, on le vit plutôt comme un jeu de piste ludique, une chasse au trésor dans laquelle le but final serait de rassembler toutes les pièces du puzzle pour finalement saisir le sens du projet dans toute sa complexité.

Jane Penny – Surfacing

Après plus d’une décennie au sein du groupe montréalais TOPS, c’est avec Surfacing que Jane Penny fait ses débuts en solo. L’EP, dont le titre suggère implicitement cette émergence tant attendue, est une fusion harmonieuse d’influences pop et de sonorités synthétiques. Le tout est exalté par sa voix douce, presque flottante, qui évoque un sentiment de rêverie et ravira sans doute les amateurs des sonorités dream-pop de The Marias.

On se laisse porter par les mélodies délicates et envoûtantes qui bercent le projet, le transformant en une expérience presque relaxante. On apprécie la place accordée à des morceaux (presque) entièrement instrumentaux comme Stream et Artificial Genuine, qui ajoutent une dimension presque féerique à l’ensemble de l’œuvre. Étonnamment, l’EP est d’une cohérence rare pour un début, tant au niveau du thème aquatique que du choix des morceaux, et témoigne d’une profonde connexion avec son univers musical.

Écrit, produit et enregistré entre Berlin et Montréal, le projet retranscrit les défis posés par cette transition littérale entre deux atmosphères opposées, mais également par la quête d’identité qui en a découlé. Avec son installation en Europe, Jane Penny s’ouvre à de nouveaux horizons tant sur le plan littéral que dans son expérimentation musicale. On la retrouve plus sûre de sa proposition, davantage tournée vers une pop plus assumée, qui lui réussit.

Tout en réussissant à affirmer son identité propre en tant qu’artiste solo, Surfacing reste ancré dans l’univers sonore de TOPS, pour notre plus grand plaisir. Ce qui aurait pu être une faiblesse se révèle en réalité être la force de l’EP, offrant un aperçu de son individualité tout en maintenant un lien étroit avec son passé musical, sans chercher d’aucune manière à le renier ou à s’en détacher. Et on l’en remercie.

Devon Ross Oxford Gardens

De mannequin à artiste, il n’y a qu’un pas. Devon Ross l’a d’ailleurs franchi avec brio en dévoilant son premier EP, Oxford Gardens, nous transportant avec les 4 titres qui le composent dans son univers rock à mi-chemin entre Londres et Paris.

Avec sa nonchalance presque élégante, elle nous invite à plonger dans son monde où chaque note transmet intensément sa passion pour le rock, qui guide sa vie depuis son plus jeune âge. Ayant grandi au sein d’une famille de musiciens, sa maîtrise et sa connaissance du sujet se ressentent et se traduisent par une aisance remarquable pour un premier projet. Dès les premières notes, sa voix envoûtante laisse transparaître une honnêteté émotionnelle audacieuse qui se reflète dans chaque morceau, créant un EP marqué par une authenticité brute. Son choix d’enregistrer l’EP seule, dans sa penderie à Paris, accentue sûrement ce sentiment étrange de proximité que l’on ressent à son écoute.

Le point fort de Devon est très certainement, à l’écoute de ces quatre titres prometteurs, sa capacité à réinterpréter habilement ses influences avec une fraîcheur qui lui est propre, leur rendant un hommage vibrant sans se laisser aller à un simple copier-coller. Qu’il s’agisse des légendes des années 60 et 70 dont les Beatles ou Bob Dylan, ou même de Patti Smith dont on retrouve l’insouciance caractéristique dans la voix de Devon, on découvre avec cet projet tout le panel des grandes figures qui ont forgé l’artiste et la femme qu’elle est devenue aujourd’hui.

Perdue entre nostalgie, espoir, et doute, elle crée une atmosphère relatable à souhait, qui nous invite à la fois à se perdre et à se retrouver dans les méandres de sa musique. Coup de coeur pour l’excellent morceau d’ouverture, I Don’t Wanna, où se mêlent solos de guitare (son instrument fétiche) intenses et introspection. Le projet, finalisé aux mythiques studios Abbey Road à Londres est un hommage réussi à l’héritage rock de la capitale britannique. On a hâte d’en découvrir plus.