(Exclu) Gagner son pain – l’invitation à la quiétude ambiante de Gaétan Nonchalant

Afin de faire barrière à la réalité brutale du quotidien, il existe un panel d’options. Parmi elles, il y a la possibilité d’opter pour une attitude désinvolte quitte à irriter le système. Mais aussi et surtout celle du pacifisme ambiant, adéquat pour atténuer un quelconque choc. Pour cela, user d’un combo mêlant créativité et imaginaire semble être la réponse idéale quand le constat amer du monde se présente à nous. Très souvent alors, la musique se manifestera comme l’exutoire nécessaire pour mettre des mots sur les paradoxes du monde fragile dans lequel nous évoluons et que l’on s’obstine à apprivoiser. Et c’est ainsi qu’en cette veille de la Fête du Travail et surtout de la sortie de son premier EP intitulé Tout ça pour ça, que le tendre Gaétan Nonchalant nous dévoile Gagner son pain, son nouveau single en exclusivité sur La Face B.

Il est coutume d’assumer que ce sont nos différences qui nous rassemblent même si le contraire demeure tout aussi plausible. Bien que bon nombre d’inégalités et d’incohérences subsistent à l’échelle du monde, le fait que nous sommes tous contraints à gagner notre pain afin de survivre et répondre à quelques désirs vains semble prédominer. Alors notre petit bout d’être qui erre dans le temps, s’adapte à ces contraintes dont l’intérêt est souvent remis en question. Quelques années défilent puis dès lors qu’un quart de vie est passé, notre conscience semble déjà faire un bilan sur le bout de chemin déjà parcouru afin de tirer la conclusion que ces dites contraintes, faute de choix, se révèlent nécessaires.

C’est alors avec un flegme dérangeant, que Gaétan Nonchalant nous conte l’histoire de son aisance naissante à accepter la dure contrainte d’une labeur de vie inévitable. Repéré aux côtés de son attachant compère Fantastic Mister Zguy (Punk Love), l’artiste nous aura habitué à son caractère jovial et sa bienveillance innée. Minimiser les répercussions des devoirs routiniers semble une tâche difficile pour le commun des mortels mais dès lors que cela se conjugue à l’univers déjà familier de Gaétan, l’osmose est presque absolue, à tel point que tout semble devenir plus simple, agréable et accessible. À mi-chemin entre Hosono House d’Haruomi Hosono et b’lieve i’m going down de Kurt Vile, ce nouveau morceau de notre emblème national de l’absurde est un pass donnant accès à un monde plus attrayant et moins complexe que les traits qu’on lui attribue constamment. Gagner son pain se dévoile ainsi avec ses arrangements travaillés, accompagné de cette élocution toujours aussi apaisante qu’à l’accoutumée, le tout englobé par une poésie de vie qui ne cesse de lui attribuer un peu plus d’authenticité. Se plonger dans son monde où le tracas est presque inexistant, c’est la garantie d’appréhender avec plus de facilité nos innombrables péripéties existentielles. À ce morceau où la quiétude domine est associé un clip signé Victor Halfen et Martin Schrepel où l’artiste au centre, est associé à des plans à l’esthétique léchée et aux tons réconfortants où on l’observe enfiler son costume de fidèle serviteur conditionné malgré lui à une tâche inéluctable mais qu’il accepte avec modestie.

Avec Gagner son pain, Gaétan Nonchalant nous enseigne qu’il faut apprendre à aimer la complexité de notre parfaitement imparfaite époque. Le chanteur défend ainsi son morceau comme l’un de ceux que l’on se plaît à aimer dès les premières secondes, faisant du désagréable quelque chose de plus acceptable. Alors on le remercie pour le minimalisme dont ses mots et son esprit s’imprègnent sans arrêt, ses mots qui dictent sa vie et la nôtre, ceux qui nous aident à aimer d’une meilleure façon et ceux qui nous incitent à adopter une attitude plus décontractée afin que le futile ne l’emporte pas sur ce qui est de valeur. Puis on se jure d’adopter cette attitude de manière intemporelle afin de ne pas laisser le sérieux et le rythme monotone de nos jours prendre le dessus, promis.

© Crédits : Victor Halfen & Martin Schrepel