damlif en deux couleurs

Un an après la sortie de Marcelle, damlif revient avec MAISON À L’AIDE, un 3ème projet toujours aussi bluffant par la qualité de son esthétique sonore et visuelle. Un EP que damlif a construit autour de deux couleurs : le bleu et le gris. Deux couleurs profondes et inquiétantes qui invitent à plonger au plus profond de soi, d’y confronter ses doutes et ses contradictions, dans l’espoir d’y trouver quelques réponses.

@lerayonlunaire / @damlif

MAISON À L’AIDE marque un nouveau cap dans l’identité singulière de damlif. En économisant les mots et sur des compositions parfois minimalistes, il parvient à transmettre des émotions fortes que l’on retrouve nulle part ailleurs. damlif confronte les émotions comme personne en associant des images souvent contradictoires, évocatrices de nos tiraillements intérieures. Dans une même phrase, damlif parle de la ville et de la plage, d’amour et de mensonge, de vie ou de mort…

On a guéri mais on saigne toujours

Les synthés vintages teintent les ambiances sonores d’une mélancolie poignante. Au-delà même de l’identité personnelle de damlif, la 75e Session affirme une fois de plus son empreinte distinctive sur MAISON À L’AIDE, que damlif a composé avec ses acolytes des studios Winslow Sheldon, Toboë, Vidji Stratega, yung.coeur et L. Recasens. En invitée sur Aluminium, la voix de Zinée fusionne avec celle de damlif pour chanter des blessures communes, révélation d’une alchimie certaine entre les deux artistes.

La collaboration entre damlif et lerayonlunaire renforce visuellement chaque émotion traversée. Toutes les ambiances semblent filtrées par un masque bleu-gris et un grain vintage, qui façonnent un univers à l’esthétique étrangement addictive. Un monde bleu-gris, ni trop sombre ni trop clair, dans lequel damlif semble bloqué. Un entre-deux que seul vient perturber une silhouette rouge incandescente, à la signification mystérieuse.

MAISON À L’AIDE se révèle être une ballade introspective dans l’intimité de damlif qui y partage avec sincérité ses peines et ses doutes. Deux couleurs, première track de l’EP, dresse un constat poignant des états d’âme de l’artiste. Un an après Marcelle, on retrouve damlif perdu physiquement, partagé entre la ville et la mer, loin du confort d’un foyer, et mentalement, dans un état végétatif qu’il situe entre la vie et la mort. Le sample d’un électrocardiogramme vient d’ailleurs habiller le morceau comme si damlif avait besoin d’entendre ce rythme pour se rappeler qu’il est toujours en vie.

Je sais que t’as caché des questions / un peu partout dans la maison

Beaucoup de questions qui, laissées sans réponses, invitent damlif à se plonger dans son fort intérieur, afin d’apprendre à vivre avec les émotions qui semblent déferler dans ses pensées.

très américain sur le crossover / au parquavet à la Tim Hardaway

Avec damlif, on peut passer d’une émotion à l’autre en un quart de seconde. Des changements qu’il compare aux célèbres crossovers (changement de direction du drible très rapide) du basketteur Tim Hardaway. L’EP vient jouer avec des émotions contradictoires que damlif ne cherche ni à fuire, ni à dissimuler, au contraire. Comme une déclaration d’amour au mensonge, Mentir ah ça j’aime est surement un des morceaux les plus déroutant de l’EP. Deux émotions qui n’ont pas leur place dans la même phrase, qu’on cherche souvent à dissimuler au plus profond de nous, et que damlif nous invite à regarder en face. L’introspection devient alors rapidement addictive.

j’sais plus quoi faire si mes problèmes se résolvent

Alors comment vivre avec ces doutes et tiraillements permanents ? MAISON À L’AIDE ne cherche pas à apporter de réponse définitive. Dans COOL, ah ouais et Je sais pas, damlif accepte même avec humilité de ne pas avoir d’avis à donner, de ne pas savoir. Enfin conscient de ne pas pouvoir y apporter de réponse, damlif semble y trouver du réconfort. Les outros de Je sais pas et du dernier morceau À la maison apportent une sérénité jusqu’à là absente de l’EP. MAISON À L’AIDE se conclut sur des notes cuivrées qui procurent une chaleur réconfortante, sûrement celle d’un foyer que damlif semblait avoir perdu de vue.