CATHEDRALE – WORDS/SILENCE

Pour son quatrième exercice, CATHEDRALE continue d’atteindre les sommets. Words/Silence est une nouvelle étape dans l’éblouissant parcours du groupe, qu’on aimerait infini.

Le quatuor toulousain a su poser une patte de velours sur la scène française. Sans jamais exploser -ni imploser d’ailleurs, CATHEDRALE a petit à petit fait son chemin. Total Rift (Juvenil Deliquant / 2017) et Facing Death (Cathédrale / 2018) ont conquit la scène punk garage française. Ces deux efforts, ont vu éclore la rage et la fougue qui fait la constante, la ligne de CATHEDRALE. Pour autant, le second opus voyait déjà le groupe légèrement diverger. On sentait que le quatuor en avait sous la pédale, avait un potentiel dingue. Un potentiel qui commencé à faire son œuvre dès l’opus suivant.

Houses Are Built The Same (Howlin Banana Records / 2020) marque cette première évolution. Et les mots manquent tellement cet album est étincelant. Dès les premières notes de The Bet, on est plongé dans une aventure sous perfusion. Punk, post punk, garage, on s’en fout un peu finalement, c’est juste de la très bonne musique à guitares, pour celleux qui l’aiment. Presque trois quart d’heure de riffs rageurs, de ligne de guitares ou basses entêtantes, et toujours accompagné de cette voix caractéristique, pas chanté, juste déclamée, gueulée, avec une énergie et un dédain affolant. La marche pour au moins égaler cet opus était au moins gigantesque. Mais pas quand on s’appelle CATHEDRALE.

On en avait eu des avant-gouts assez différents, qui nous laissaient plutôt intrigué -et un peu perplexe il faut le dire. Avec Silent Castle, premier single, le tempo était lent, rare dans l’univers du groupe, et le ton épuré, tout aussi rare. D’une mouvance post punk, avec un synthé (nouveauté du groupe), on découvrait une nouvelle façade de CATHEDRALE. Le contre-pied est pris par l’aperçu suivant, Days in the Overground, beaucoup plus dans la sauce de l’album précédent. Puis vint Hostage Taking, OVNI dans l’univers du groupe, mais portant avec lui une couleur et des choix extrêmement intéressants. Très noise, très bizarre, très cool. Bref, à l’écoute des trois hors-d’œuvre, on attendait le plat principal. Words / Silence est un festin, un régal.

Pour rentrer pleinement dans la chaire de l’album, il faut déjà l’écouter, plusieurs fois. En effet, à l’image des trois morceaux évoqués au dessus, l’album est à facettes variées. A la première lecture, on se perd un peu dans les couleurs et les univers. Pour autant, une fois passé le cap des présentations, on découvre un album aux milles influences. Bien sûr, on reste sur du CATHEDRALE (Days in The Overground, Innit par exemple). Mais le groupe cherche plus loin, explore les structures bizarres (Silent Castle, Hostage Taking), les synthés sont intégrés avec bonheur (Silent Castle, Alibi). Les parties instrumentales font la part belle de cet album qui brille d’intelligence. Bref, toujours dans cette dissonance assonante chronique, le groupe continue cette progression. Le quatuor s’ouvre à de nouveaux sons, de nouveaux ingrédients, fait des choix assumés et réussis.

On pourrait tomber dans la facilité de lier Words/Silence à tel ou telle artiste ou groupe étranger.e à portée internationale. « Dans cet album, on entend du ci, du ça.. », mais c’est franchement dommage. On a ce réflexe de toujours ramener les groupes de chez nous sous la coupe d’un.e autre, forcément plus gros, et ainsi minorer le travail qu’on écoute. CATHEDRALE a ses influences, a ses racines, certes. Mais CATHEDRALE, comme pléthore de groupes français.es actuel.les, participent à créer, recréer, du moins participer à une identité de la scène hexagonale. Avec cet album, le quatuor toulousain confirme sa portée bien au-delà de nos frontières, pour jouer un rôle de porte-étendard de cette scène française qui ne cesse d’étonner qui ose y tendre une oreille.